XXII PRÉFACE
raison. Du haut do ces prétendus paradoxes passés à l'état de vérités, de tridsm^ voici aujourd'hui ma vaticination sur le théâtre. Avec l'évolution des genres qu'amènent les siècles, et dans laquelle est en train dépasser au premier plan le roman, qu'il soit spiritualiste ou réaliste ; avec le manque prochain sur la scène française de l'irremplaçable Hugo dont la hautaine imagination et la magnifique langue planent uniquement sur le terre-à-terre général ; avec le peu d'influence du théâtre actuel en Europe, si ce n'est dans les agences théâtrales ; avec l'endormement des auteurs en des machines usées au milieu du renouveau de toutes les branches de la littérature ; avec la diminution des facultés créatrices dans la seconde fournée de la génération dramatique contemporaine ; avec les empêchements apportés à la représentation de pièces de purs hommes de lettres ; avec de grosses subventions dont l'argent n'aide jamais un débutant ; avec Famusante tendance du gouvernement à n'accepter de tentatives dans un ordre élevé que de gens sans talent ; avec, dans les collaborations, le doublement du poète pjir un autrui' (Vaffairo^; avec le remplace-
PREFACE. xxiii
ment de rancieii parterre lettré de la Comédie- Française par un public d'opéra ; avec. . . avec. . . avec des actrices qui ne sont plus guère pour la plupart que des porte-manteaux deWorth; et' encore avec des avec qui n'en finiraient pas, l'art théâtral, le grand art français du passé, l'art de Corneille, de Racine, de Molière et de Beaumarchais, est destiné, dans une cinquantaine d'années tout au plus, à devenir une grossière distraction, n'ayant plus rien de commun avec Vécriture,\Q style, le bel esprit, quelque chose digne de prendre place entre des exercices de chiens savants et une exhibition de marionnettes à tirades.
Dans cinquante ans le livre aura tué le théâtre (1).