SCENE II
MADAME MARÉCHAL seule. — Elle se lève.
« Elle en ferait son cœur!... » Ces gens-là se figurent que la vie se passe à aimer, et qu'il n'y a qu'à être riche pour ça !... Quel temps désagréable ! Je trouve qu'il porte sur les nerfs... Je ne sais pas ce que j'ai depuis quelques jours... Si, au fait, je le
sais, je m'ennuie. (Elle va vers la glace et se regarde de loin.)
Cette Thérèse vous fagote ! J'ai remarqué que les domestiques dévoués ne savaient rien faire... Oh! j'ai bien mon âge aujourd'hui... C'est singulier, la beauté, c'est comme la santé : on n'y pense que lorsqu'on a peur de la perdre... Je ne sais pas du tout pourquoi je songe à tout ça : mon mari me
trouvera toujours bien ; c'est tout ce qu'il faut...
(Elle va s'asseoir sur le canapé, à droite.) Est-CC bizarrC (ju'il
arrive dans notre vie un moment où nous avons comme un besoin de compliments qui nous rassurent contre les années : des admirations que, plus jeunes, nous aurions laissé passer... Eh bien! je ne sais pas, il y a au fond de nous, pour la première fois, une espèce de reconnaissance... Oui, nous sommes touchées de ce qui nous flattait... Ma pauvre sœur avait raison quand elle me parlait de ce moment-là, de ce dernier feu de jeunesse qui se rallume un jour en nous, et dans la flamme duquel on voit passer encore une fois tous les désirs avec tous les regrets d'une vie d'honnête femme... (Eiieseiève) Ah! on n'a plus l'avenir, c'est
vrai . . . (Regardant la porte par où Thérèse est sortie.) (( J Cil
ferais mon cœur... » Mais c'est très joli ce qu'elle a dit, cette bcte-là!... Décidément, le bonheur parfait... c'est fade.
(Elle se rassied sur le canapé, à gauche.)