‹ ThéâtreChapitre 35 sur 198 · ACTE IL · texte numérisé non relu

ACTE IL

MADAME MARÉCHAL

Tu te lèves ? [

III]NRIETTE.

Non... J'ai été à la messe, ce matin.

MADAME MARÉCHAL

Tous les jours alors?... Qu'est-ce que tu as donc à demander au bon Dieu, mon enfant, dans ce moment-ci ?

HENRIETTE

Mais... rien, mère.

MADAME MARÉCHAL

Que je t'aime plus, dis? (EUe rembrasse. — Henriette s'assied. Madame Maréchal lui prend les mains.) Mcts -toi là,

tout près, que je te sente... Cher ange! tiens, je suis si habituée à toi, que, quand tu n'es pas là, c'est une drôle de chose, il me semble que j'ai froid!... Et quand on pense que j'ai désiré un garçon! Je ne t'aurais pas... C'est moi qui ne changerais pas à présent, par exemple !

HENRIETTE

Mère !

MADAME MARÉCHAL

Tu aimes si bien quand tu aimes!... Tiens! quelquefois, quand j'y pense, tu me fais peur avec ces tendresses que tu as... Chère fille ! c'est que c'est terrible, les natures comme la tienne... Tu n'es que cœur, affection, sensibilité... Tu vaux mieux que la vie : te le pardonnera-t-elle?... (EUe se lève.* Henriette la suit.) Tu as VU tou père cc matiu ?

HENRIETTE

Non, maman. Je crois qu'il est allé à Paris.

MADAME MARÎ;CIIAL.

Au fait, ce monsieur, tu sais... je pense qu'il va pouvoir s'en aller... Il va nous débarrasser... Enfin on sera chez soi. Ça devait te manquer, ton piano.

(Elle se dirige vers la table, et va pour prendre son métier de tapisserie )

HENRn:TTE.

Ah!... il va déjà si bien... assez bien pour s'en aller? J'en suis bien contente.

MADAME MARÉCHAL

Mais voilà quinze jours...

HENRIETTE, avec une expression de peur.

S'il était mort ici !

MADAME MARÉCHAL

Yoyons ! voyons ! c'est fini, je te dis... (Eiie lui prend

les mains, et lui fait une petite caresse sur la joue.) Mais Sais-

tu que tu es bien belle ce matin? Comment, j'ai donc une grande fille comme ça? c'est à moi, ça?

(Lui prenant les mains, et la tenant sous son regard, au bout de ses

bras.) Ah! chérie, tu ne sais pas ce que c'est que d'embrasser sa jeunesse sur le front de vos seize ans... de vous regarder comme je te regarde là... de vous manger des yeux... et de se dire : Voilà ma beauté, ma grâce, mon orgueil, ma vie! Ce^n'est plus moi maintenant; c'est elle !

(Elle se jette dans les bras de sa fille.)

Page 1