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PROLOGUE

Bast ! tant pis, Mardi gras a lâclit' sa volière,

Et l'essaim envahit la maison de Molière,

Cent oiseaux de plumage et de jargon divers ;

Moi, je viens, empruntant aux Fâcheux ces deux vers,

Dire au public surpris : « Monsieur, ce sont des masques

Qui portent des crincrins et des tambours de basques. )>

Des masques? Vous voyez un bal au grand complet;

Mais Molière, après tout, aimait fort le ballet.

Les matassins, les turcs et les égyptiennes

Se trémoussent gaîment dans les pièces anciennes.

L'intermède y parait vif, diapré, joyeux.

Au plaisir de l'esprit joignant celui des yeux, '

Et pour les délicats c'est une fête encore

D'y voir en même temps ïhalie et Terpsichore,

Ces Muses, toutes deux égales en douceurs,

Se tenant par les mains comme il sied à des sœurs.

Quand s'interrompt d'Argan la toux sempiternelle,

On s'amuse aux archers rossant Polichinelle,

Et les garçons tailleurs s'acceptent sans, dédain

En cadence apportant l'habit neuf de Jourdain.

Le bon goût ne va pas prendre non plus la mouche

Pour quelques entrechats battus par Scaramourhe.

(1) Ce prologue a été dit. au Ipvpi* du rideau, par Mademoiselle Ponsin.

Seulemont, direz-vous, ces funloclies connus

Sont traditionnels, et, partant, bien venus.

liCur visage est coulé dans le pur moule aiiti<iuo.

Et l'Atellane jase à travers leur pratique ;

Même pour des bouffons, l'avantage est certain

De compter des aïeux au nom grec ou latin.

Nous autres, par malheur, nous sommes des modernes,

Et chacun nous a vus, sous le gaz des lanternes.

Au coin du boulevard, en quête d'Évohé,

Criant à pleins poumons : « Ohé, c'te tête, ohé ! i

Pierrettes et pierrots, débardeurs, débardeuses

Aux gestes provoquants, aux poses hasardeuses,

Dans l'espoir d'un souper que le hasard paîra.

Entrer comme une trombe au bal de l'Opéra.

Pardon, si nous voilà dans cette noble enceinte

Grisés de paradoxe, intoxiqués d'absinthe.

Près des masques sacrés, nous, pantins convulsifs,

Aux grands ennuis il faut des plaisirs excessifs,

Et notre hilarité furieuse et fantasque.

En bottes de gendarme, un plumeau sur le casque,

Donnant à la Folie, un tam-tam pour grelot,

Aux rondes du Sabbat oppose son galop.

Mais, hélas ! nous aussi, nous devenons classiques,

Nous, les derniers chicards et les derniers caci([ues.

Terreur des dominos, repliant le matin.

Chauves-souris d'amour, leurs ailes de satin.

Bientôt il nous faudra pendre au clou dans l'armoire

(^es costumes brillants de velours et de moire.

Le carnaval déjà prend pour déguisement

L'habit qui sert au bal comme à l'enterrement.

Il vient à l'Opéra, grave, en cravate blanche,

Gants blancs, souliers vernis, et du balcon se penche ,

Hamlet du trois pour cent, ayant mis un faux nez,

Il débite son speech aux titis avinés.

L'outrance, Tii-onie et rricrc ftjiroxvsnic,

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