ACTE III. lO
M. MARÉCHAL
Bon ! c'est ma faute à présent.
MADAME MARÉCHAL
Et votre rendez-vous pour demain ?
M. MARÉCHAL
Eh bien, mon rendez-vous... qu'est-ce que vous voulez ? je n'y serai pas. J'ai envoyé une dépêche... 11 va falloir que je parte demain matin par le premier train... Oh I c'est une journée de perdue... Tenez, voilà les journaux, la Revue... c'était là, en bas, depuis ce matin midi... mais avec nos domestiques !.. , (H regarde sa femme.) VouS UC Ics HsCZ paS ?
Parcourez-les, vous me direz ce qu'il y a d'intéressant.
M. MARÉCHAL, s'asseyant de l'autre côté du guéridon.
Le Crédit mobiliera ouvert au-dessous de 1,100... Voyons combien a fait le Comptoir d'escompte? 7(i5...
MADAME MARÉCHAL
Est-ce que vous allez me lire le cours de la Bourse, mon ami?
M. MARÉCHAL
Pardon!... voyons... Les nouvelles télégraphiques... « La crise ministérielle a abouti à un arrangement. Une position officielle a été rendue au prince Kong... » Ah! c'est en Chine... Un grand article sur l'hégémonie de l'Herzégovine... Ça vous est égal ?... Un anonyme vient de restituer au Tré-,
sor public... heu... heu... heu... Ah! «Hier au soir, une détonation a jeté l'émoi... )> C'est toujours intéressant. « Hier au soir, une détonation a jeté
l'émoi...» (Il regarde sa femme.) Mais VOUS ne m'écOUtez
pas, ma chère?
MADAME MARÉCUAL.
Moi ? si... si... c'est que je comptais mes points... J'ai pris un dessin terrible...
M. MARÉCUAL.
«M. R...! àLuzarches I ancien agent de change!» Mais c'est Roger ! c'est Roger, mon Dieu !
Celui qui avait cette jolie femme blonde?
M. MARÉCHAL
H l'a tuée !
MADAME MARÉCHAL
Tuée !
Net! Lis.
M. MARECHAL
(Il lui donne le journal.) MADAME MARÉCHAL, parcourant des yeux le journal.
Oh! c'est affreux!... Mais reprenez, reprenez donc ce journal!
(Elle le repousse sur le guéridon.) M. MARÉCUAL.
Oui, affreux; mais que veux-tu? On n'a plus sa tête, on doitvoir tout rouge dans ces moments-là... Un mariage d'inclination ! H l'adorait. Je me rappelle, sur les boulevards, en nous promenant, avant