ACTE III. m
son mariage, il m'en parlait... il était comme un fou! (Il se lève et se promène.) Une femme qui lui devait tout... Elle n'avait rien... Sa mère et elle brodaient des mouchoirs, quand il l'a connue... 11 lui a donné v'oiture de suite, des chevaux, une maison, tout ce qu'elle voulait! Il ne lui refusait rien. Il se saignait pour elle. Pendant dix ans, il travaillait toute la journée comme un nègre, et il la menait dans le monde le soir... Il se couchait à trois heures du matin, il se levait à cinq heures... C'est lui que je plains, moi...
MADAME MARÉCHAL
Henriette n'est donc pas revenue avec toi?
M. MARÉCUAL.
Non. Nous avons rencontré madame de Noisy et sa fille. Elles vont te la ramener.
MADAME MARÉCHAL
Je pense à cette pauvre femme... C'est horrible... Il faut être si sûr !
M. MARÉCHAL
Sûr? Et que veux-tu de plus? Tu n'as donc pas lu? Il l'a surprise, la nuit, dans sa chambre, une nuit où elle le croyait absent...
MADAME MARÉCHAL
Ah ! oui... elle le croyait absent... oui...
M. MARÉCHAL
C'est toujours comme cela que cela arrive, du reste. r
ini) HENRIETTE MARECHAL.
MADAME MARÉCHAL
OÙ as-tu rencontré ces dames de Noisy?
(Elle se lève.) M. MARÉCHAL.
Elles étaient à la porte du bijoutier, (n s'assied.) Savez-vous, ma chère amie, quelque chose qui me trotte dans la tête depuis quelque temps ? Est-ce que vous ne trouvez pas que notre Henriette a souvent maintenant un air triste, préoccupé?... Elle a toujours été ur peu sérieuse, je sais bien... mais voilà plusieurs fois que je remarque...
MADAME MARÉCHAL
Henriette?
(Elle remonte la scène).
M. MARÉCHAL
Oui, Henriette... C'est que ce n'est plus un enfant que notre fille. Il faut bien nous mettre cela dans l'idée... Et elle aurait un petit sentiment, que ça ne m'étonnerait pas du tout. Alors vous ne vous êtes pas aperçue?
MADAME MARÉCHAL
Hein? Moi... non.
M. MARÉCHAL, reprenant son journal.
Je vous dis cela, c'est une idée. Vous savez, on sent ces choses-là... Oh! je ne lui en voudrais pas. Nous ne pouvons pas toujours, nous autres pères, prendre toute la place dans le cœur de nos enfants, il faut être iuste.