SCENE XI
MADAME MARÉCHAL, PAUL, entrant en sautant par le balcon de la fenêti-e ouverte.
MADAME MARÉCHAL, se levant avec un cri.
Ah!... Vous n'avez donc pas vu votre frère?
PAUL
Voici les vôtres... (Il Uù tend un paquet de lettres.) MoU
frère? Si... vous voyez, je l'ai vu... 11 m'a dit... Tenez, je ne sais pas trop... que votre position dans le monde... votre considération... C'est bien cela,
n'est-ce pas? Oh! j'ai compris... (Il tombe assis sur une
chaise, à droite.) Cela finit donc, l'amour, Louise?
MADAME MARÉCUAL.
Je vous expliquerai... Plus tard... Mon mari est ici... il est là...
PAUL
Ah ! votre mari !
MADAME MARÉCHAL
Je serais perdue !
PAUL
Eh bien, quand nous nous perdrions?
MADAME MARÉCHAL
On lui a parlé d'escalades... de voleurs... Il a des pistolets...
PAUL
Oh 1 je VOUS aimais bien pourtant! Je vous aimais bien!... Dans votre voix, dans votre sourire, dans vos yeux, si vous saviez tout ce qu'il y avait pour moi ! (Juelquefois, quand vous ne faisiez que me regarder, j'étais heureux... heureux à sentir dans mes yeux des hirmes me venir du fond de ma joie!... J'étais si jeune!...
MADAME MARÉCHAL
Taisez-vous ! Oh' taisez-vous !
(Elle remonte la scène, le dos tourné à Paul.) PAUL.
Je n'ai pas eu ma mère, moi, figurez-vous... Et toutes les douceurs de la femme, c'était vous pour moi! Non, vous n'imaginez pas : vous étiez dans mes pensées comme il y a du bleu dans le ciel !... Quand je vous ai vue au bal, la première fois, vous rappelez-vous? Oh! je vous ai aimée tout de suite! Il me semblait que ma vie vous espérait... Vous? Mais je ne voyais que vous... Vous étiez ce que je croyais, ce que je priais !
MADAME MARÉCHAL, debout, le dos tourné, les mains appuyées
sur la table.
Oh ! je voudrais des injures, pour souffrir moins !
PAUL
Un mot de vous, je le portais sur moi comme une médaille... Tenez, je me disais votre petit nom souvent tout seul, pour me mettre mon bonheur sur les lèvres, et l'écouter retomber de ma bouche sur mon cœur !