‹ ThéâtreChapitre 82 sur 198 · ACTE · texte numérisé non relu

ACTE

MADAMK MARÉCHAL.

Mon Dieu! vous ne comprenez donc pas?... (Se retournant,) Ma fille t'aime! Ah! voilà!

(Elle se tord les mains.) PAUL.

Henriette! Moi?

(II se lève.) MADAMI-: MARÉCHAL.

Oui, Henriette ! '

PAUL

Qui a pu...?

MADAME MARÉCHAL

Je le sais... (Elle court k la porte et met le verrou. — Revenant à Paul, elle le prend par le bras et le force à s'asseoir sur une

chaise à côté d'elle.) Et Dicu me donnera bien une minute pour vous dire cela!... Écoutez : c'est quelque chose de bien mal et qui coûte, allez ! de tromper son mari... un homme à qui on doit tout... qui croit en vous, qui a confiance, qui vous estime... qui vous estime!... mettre tous les jours le mensonge, la trahison, de la boue dans son ménage ! Oui, c'est odieux... Et vous ne savez pas les remords qui déchirent une femme quand il lui reste encore l'honnêteté d'en avoir!... Ah! vous m'avez vue assez souffrir! J'ai eu avec vous bien des larmes... tout mon bonheur les essuyait mal! Eh bien! tout cela... la honte, le chagrin, ce qui me rongeait, les dégoûts de moi-môme, la peur de ce qui pouvait arriver, le monde et tous ses yeux, j'aurais tout supporté, tout bravé...

\:i-2 HENRIETTE MARECHAL.

PAUL

Louise !

MADAME MARÉCHAL. (Elle lui quitte les mains.)

Mais quand on m'a dit que ma fille vous aimait... mon Henriette! Mais les mères, n'est-ce pas? c'est pour donner le bonheur à leurs filles... elles ne sont faites que pour cela !... et je lui volais le sien... je lui volais le sien pour toujours!... Oh ! alors, je me suis détestée... j'ai eu horreur de moi... je me suis pris le cœur à deux mains, et j'en ai si bien •arraché mon amour, que vous n'y êtes plus!... Non, vous n'y êtes plus!

(Elle lui repousse les mains et se cache la figure.) PAUL.

Et moi, je vous dis que vous m'aimez toujours!

MADAME MARÉCHAL. (Elle se lève.)

Non, je ne veux pas!... je ne veux plus !... Partez ! Oh! vous partirez!... Laissez-moi, tenez! je vous en supplie, laissez-moi ! Faut il que je vous parle à genoux? (Elle tombe à genoux.) Yous voyez bien que c'est moi qui vous demande grâce... Non... il ne faut plus m'aimer...

PAUL

Je vous aime !

MADAME MARÉCHAL. (Elle se relève lentement.)

Et puis moi... je vais avoir fini d'être belle, moi, ce ne sera pas long... Un jour, vous m'auriez quit tée...

Jamais !

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