‹ ThéâtreChapitre 89 sur 198 · LE COMTE, LA GHANOINESSE, MARGAT · texte numérisé non relu

LE COMTE, LA GHANOINESSE, MARGAT

(Au lever du rideau, la chanoinessg est assise dans une bergère au bras de laquelle est pendu un grand sac de taffetas. Le comte, assis sur un fauteuil, lui lit la Gazette de France. Margat range dans le le salon.)

LE COMTE, lisant.

« De Versailles, le li juillet... le commandeur d'Estourmel, procureur de l'ordre de Malte et chargé par intérim des affaires de l'ambassade de cet ordre, a le 8 de ce mois présenté au Roi les faucons que le grand maître est dans l'usage d'envoyer annuellement à Sa Majesté. Ce présent a été reçu par le chevalier de Forget, commandant du vol du cabinet. »

LA GHANOINESSE.

Pardon, comte... Margat, le tailleur est-il venu? les marchandes ont-elles apporté les fleurs, les dentelles? les couturières sont-elles là, dans le chauffoir, à travailler ?

MARGAT

Je vais voir, madame la comtesse... (EUe sort.)

LA CUANOINESSE.

Continuez, mon frère.

LE COMTE

« Le marquis de Murât et le comte d'Andelange... »

LA CUANOINESSE.

D'Andelange?...ah! des souvenirs, des souvenirs d'un vieux temps... Sa sœur a été reçue en m-ême temps que votre servante au chapitre noble d'Alix... Elle avait un an de plus que moi, juste un an... Et moi, j'allais sur ma septième année... Assez bon sang, les d'Andelange... Elle avait ses huit degrés de noblesse paternelle sans anoblissement connu, et ses trois degrés de noblesse maternelle, enfin, le convenable... mais par ces temps-ci, c'est presque quelque chose qui marque et les comtes de Lyon ne trouvent plus tous les jours aussi bien... Je me rappelle encore, comme si j'y étais, le chœur de l'église du chapitre, nous, tout en blanc, les dames en grande toilette, avec des robes de soie noire sur leurs paniers et leurs manteaux doublés d'hermine, le grand prieur presque aveugle, qui, pour me couper une mèche de cheveux, me coupa presque un bout d'oreille. — Et quel beau gonflement ce fut dans toutes nos petites personnes, quand on nous attacha sur la poitrine cette croix-là !

(Elle touche une croix qu'elle porte à l'épaule.) la Croix d'or

émaillée à huit pointes, et que nous nousentendî-

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