‹ ThéâtreChapitre 90 sur 198 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

mes, petites bamboches de sept ans, appeler madame la comtesse!... Françoise d'Andelange a prononcé des vœux ! mon frère, sans vous, sans ma nièce, j'aurais fait comme elle... Etqu'est-il advenu, s'il vous plaît, à ces messieurs de Murât et d'Andelange ?

LE COMTE

Ils ont eu le 3 de ce mois l'honneur de monter dans les voitures de Sa Majesté et de suivre le Roi à la chasse.

Il me semble qu'il y a longtemps que l'on a vu votre visage à Versailles ?

LE COMTE

Il y a quinze jours, ma sœur. (Continuant à lire.)

« Leurs Majestés et la famille Royale ont signé le 5 le contrat de mariage du comte Pierre d'Aslorg avec demoiselle Gossier... »

LA CHANOINESSE

Penh ! un contrat où la demoiselle s'appelle ga, le Roi signe ça !... Rien d'autre de Versailles, mon frère ?

LE COMTE

« Le marquis de Favras a eu l'honneur de présenter au roi un ouvrage intitulé : le Déficit des finances de la France vaincue... »

LA CHANOINESSE

Ah! si nous en sommes là à présent! un marquis se mêlant de gribouiller du papier ! Tous les

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de petit commis de banque, cela, et bon pour M. Necker. Je ne sais vraiment plus où nous en sommes... Tenez, ce temps-ci me fait l'effet d'un mardi-gras!... Des mœurs!... des modes!... Les grandes dames qui se déguisent en laitières... et les seigneurs qui se mettent comme leurs cochers 1... Qu'auraient dit nos pères, je vous demande, s'ils avaient vu faire la cour au Roi en bottes?... en bottes! j'attends un déluge, moi!

Eh! ma sœur, Louis XIV est mort... tout change... et nous changeons nous-mêmes. Uegrettezvous le vertugadin ? Bast ! le linon estcharmant... Croyez-moi, laissons le monde aller son petit bonhomme de chemin, et quand il serait d'aventure un peu plus fou aujourd'hui qu"hier, mon Dieu!

LA r.IIANOlNESSE.

Ah ! vous d'abord, vous trouvez toujours tout au parfait, et pour le mieux. Vous avez une philosophie...

LE COMTE

Vous voulez gronder, ce matin, ma bonne sunir? Je suis sûr qu'hier ;\ vêpres, aux Petits-Pères, le père Anselme vous aura fait lui tableau des vices du siècle, si noir...

LA CllANOINESSE.

Prenez garde, mon fière, il y a des plaisanteries mal élevées.

LA ClIANOINESSE.

Je VOUS apprendrai que j'ai reçu de notre régisseur de Valjuzon des nouvelles de là-bas...

LE COMTE

Ah

LA ClIANOINESSE.

Mauvaises, tout à fait mauvaises... Il m'écrit que notre présence serait nécessaire au château.

Eh bien, ma sœur, pourquoi nïriez-vous pas?

LA ClIANOINESSE.

Merci, belle corvée!

LE COMTE

Mais vous savez que je n'entends rien à ces affaires-là. Je donnerais une terre pour ne pas compter avec mon intendant. Ah ! j'irais vous retrouver.

LA ClIANOINESSE.

Oui, comme les autres fois. Je reçois toutes les semaines de vous un billet d'arrivée, mais c'est tout ce que j'ai jamais eu l'honneur d'y avoir de votre compagnie. Savez-vous, mon frère, que c'est à périr, ces grands champs, ces grands bois, cette k'iro qui n'en finit pas, et où passe, avec les vaches, ce vilain prochain de rustres et de pécores?...

iri2 LA PATRIE EN DANGER.

LE COMTE

Oh ! je sais que vous n'avez jamais été très-bergère, ma sœur...

LA CllANOINESSE.

Et par là-dessus un curé qui se mêle de donner dansles idées nouvelles, etqui vousencensecomme pour la grâce de Dieu.

Ah ! au fait, il paraît qu'il y a du bruit dans Paris... mon valet de chambre, en me rasant, m'a parlé de rassemblements dans le faubourg Saint- Antoine.

LA CllANOINESSE.

Propos de laquais ! . . . Si vous écoutez les balivernes... un peu de populace qui se promène! Eh bien, quoi? est-ce qu'il y a à s'occuper de cela?... Le peuple?... le peuple... ohl leur grand mot... Parlons sérieux... Maître Lepotd'Auteuil, notre notaire, est venu m'entretenir ce matin d'une conciliation, vous savez, pour le procès que nous avons, depuis 1737, avec les Montverdin, pour nos droits sur ce chemin, qui sépare la Grande Combe des Petits Lignages... (Margat rentre.)

LE COMTE

Le chemin n'est pas grand'chose, autant qu'il m'en souvient...

LA CHANOINESSE

Pas grand'chose! Et notre droit, monsieur le comte ? un droit de vos pères et des miens, un droit conféré à votre aïeul Thibaut par une charte de

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