‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 103 sur 108 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

JOSÉPHINE, seule.

(Elle va d'abord rapidement à la psyché et s'y inspecte du haut en bas, en silence. Elle s'approche, s'éloigne, s'examine, relève ses cheveux, essaie un sourire. Puis elle prend un flambeau et s'étudie à la lumière. Pantomime. Elle va ensuite au guéridon, prend successivement des parures qu'eile dispose sur ses bras, son cou et sa poitrine. Elle les rejette.) Non, San S rien ! (Elle détache ses boucles d'oreilles. Alors elle rejette sa mante, arrache ses gants, desserre sa ceinture, s'attache une rose à la taille, et, satisfaite, souriante, s'avance vers la petite porte, elle y colle son visage et

dit :) Toc, toc, c'est moi, comme rue Chantereine, madame Cléopâtre !... Elle désire te parler, c'est très important. C'est de la politique... Un complot... contre... Enfin, je te dirai. (Un silence, elle écoute.) Réponds-moi donc. J'ai ma clef, je ne veux pas ouvrir la porte sans ta permission. Tu vois comme je suis discrète. C'est à ne plus me reconnaître ! . . . (Un silence. ) Est-ce que tu n'est pas là ?.. .

Je t'aurais entendu partir. Voyons, trêve de bouderie. Ce n'est pas Joséphine qui a à te parler, c'est l'Impératrice. (Silence. i Rien? Ah ! par exemple!... J"entre alors.

(Elle prend la petite clef à sa chaînette et la glisse dans la serrure.) Tiens,

qu'est-ce qu'il y a donc ? la clef ne tourne pas. (Elle retire

la clef, souffle dedans, la remet dans la serrure et pèse.) Je n'ai donc

plus la force de tourner une clef? (La porte cède.) Voilà!

(Elle lire doucement la porte sur elle comme pour éviter qu'elle chante sur

ses gonds.) Comme c'est sombre chez toi ! Es-tu déjà

COUChé ". (Elle ouvre la porte, va pour entrer et se heurte à un mur que les ouvriers ont construit pour boucher le passage. Avec un cri.) Murée ! Oh! murée! (Elle éclate en sanglots.) Le misérable! Pourrait-on croire à une méchanceté pareille ! ... Ce n'est pas de vous, ça, Sire!... C'est une de vos sœurs qui

vous l'a soufflé ! Une muraille contre une pauvre

femme, ce gagneur de batailles ! Oh ! que c'est lâche ! Mais non, j'ai mal vu, ce n'est pas possible!... C'est la fièvre de cette migraine affreuse! (Elle revient au mur. le

touche, le palpe comme une aveugle, et s'adosse pour le pousser.) Je te renverserai .... (Elle se cramponne. s*arc-boute et pousse de toute sa

force. Bonaparte ! Mon époux, mon ami, tu m'aimes donc encore puisque tu te défends de moi ? Moi je t'aime... je me fais mal... Aide-moi donc?... ne nous séparons

pas ainsi!... C'est atroce!... Elle s'éloigne de la porte, et résolument.) Tu tomberas, toi !... (Elle prend un élan et se jette contre

le mur.) Il ne bouge pas ! Oh ! la mort! j'aime mieux la mort ! Eugène ! Hortense ! au secours !... (Elle tombe devant

le mur. puis hagarde, échevelée, elle se traîne en rampant, s'accroche au guéridon, s'y cramponne, se dresse, saisit le diadème du sacre, se l'enfonce sur la tête. Puis elle saisit le plus de bijoux qu'elle peut en prendre, s'en charge les bras, le cou. les épaules, et se précipite d'un bloc sur le mur. la tête en avant, pour s'y broyer.) Couronne-moi donc !... Ah ! plus

que reine !...

(Le sang ruisselle de sa tète, elle tombe, Mlle Avrillon entre et court à elle.)

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