‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 43 sur 108 · MANON, LA FLEURY · texte numérisé non relu

MANON, LA FLEURY

BOSC, des chrysanthèmes à la main.

MANON Ah ! Bosc !

(Elle va à lui rapidement.) BOSC, immobile.

Manon !

MANON

Vos yeux sont aveuglés de pleurs, Mon vieil ami! Voyons!...

BOSC, lui tendant des fleurs.

Les dernières î

MANON, avec joie.

Mes fleurs !

Elle va à la lucarne de la prison )

Fleur d'amour et de mort, fleur d'or, mon chrysanthème, Sous mon souffle dernier effeuille- toi... je t'aime !

Elle efi'euille la fleur par la lucarne, dans l'espace un silence, Bosc va à elle.)

BOSC, rapidement.

Tu te laissais mourir de faim dans la prison Le mois dernier, à Sainte-Pélagie!...

MANON

La souffrance est trop lente et passe l'énergie.

BOSC, lui montrant une fiole.

Sans souffrance. Tiens, bois, d'un seul trait.

MA.NON

Le poison ?

BOSC

Rapide et sur comme une flamme.

Tu n'arriveras pas au supplice.

LA FLEDRY

Et son âme.

Monsieur Bosc. son salut?

BOSC

Écoute la raison

Dérobe ta beauté chaste à l'injure immonde, Échappe à l'impudeur des bacchantes du lieu Et sans souillure au moins passe dans l'autre monde Au sein de la nature !

LA FLEURY

Oh ! non, au sein de Dieu !

MANON

Merci.

BOSC

C'est le curare, il tue, à la seconde, Et te laissera belle encore !... n'attends pas. Libère-toi.

LA FLEURY

Ne te damne point !

(On entend des bruits de crosse à la porte.) BOSC

C'est leur pas.

Ils viennent! Ta main...

(Il lui prend la main et lui tend la fiole.)

Prends... bois...

MANON

Non,ceseraitlâche, Girondine, j'irai jusqu'au bout de ma tâche, Et je veux une mort digne de nos héros.

Point de pitié pour les bourreaux!

(La porte s'ouvre, Ycrmassc parait, précédant les assesseurs. Soldats derrière eux, le fusil au pied.)

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