SCENE V
Les Mêmes, VERMASSE, et les porte-clefs. SOLDATS
Effet de lever d'aurore blafarde de novembre.)
VERMASSE
Citoyenne, l'heure est venue.
MANON
Citoyens, je suis prête. Il me faut seulement Cinq minutes, pas plus. La mort a sa tenue. Refermez la porte un moment.
(Verniasse ferme la porte.) M AVON*, pendant que la Fleury la revêt d'une gaze blanche
Habille Manon de la robe blanche Que nous revêtons ici-bas trois fois, Chrétienne, à douze ans pour le dieu qui penche Son cœur entrouvert du haut d'une croix. Puis vierge à l'autel que l'époux emporte Vers le rêve à deux où l'on reste seul !... Le troisième hymen m'attend à la porte!... Endimanche-moi du triple linceul !...
[A Bosc.)
Ami, j'embrasse en vous tous ceux qui m'ont aimée, Prenez soin de ma fille et de ma renommée.
(Elle l'embrasse.)
Tous mes oiseaux d'amour à présent sont perchés Et j'ai rendez-vous sur les cimes !
(D'une voix forte.)
Ouvrez !
(La porte s'ouvre, et laisse apercevoir une chaîne de condamnés qui défile Manon se dirige d'un pas ferme vers la porte, et sur le seuil :
Adieu... Liberté, que de crimes On commet en ton nom !...
Marchez
(L'Hymne des Volontaires.}
RIDEAU