ÉL1SA
Je le suis bien à Bacciochi, et me voilà !
EUGENE, à Horlense.
Ma sœur, ton petit tombe de fatigue. Il ne se tient plus debout. En attendant l'Empereur, tu devrais le faire asseoir un peu.
HORTEN5E, à Eugène.
Où, Eugène ?
EUGÈNE, montrant Leu'.ilia.
Sur sa grand' mère.
LCETITIA, prenant l'enfant.
Donnez-moi mon petit-fils î
TALLEYRAND, s'avançant vers les princesses.
Princesses, je suis chargé par l'Empereur d'une mission charmante auprès de Vos Altesses Impériales.
CAROLINE
Laquelle, prince ?
TALLEYRAND
Celle de rappeler à Vos Altesses que l'honneur leur est réservé de porter à Notre-Dame la traîne de la robe de Sa Majesté l'Impératrice.
CAROLINE
Très obligées à l'Empereur ! Mais qui portera les
PAULINE
C'est un rôle pour les dames d'honneur. ÉLIS A
Ma sœur Pauline a raison.
TALLEYRAND
Est-ce la réponse que je dois transmettre ?
CAROLINE, lui tournant le clos.
Si vous voulez.
MURAT, à Talleyrand.
Arrangez cela, Talleyrand. Mais dites-moi, et le pape ?
TALLEYRAND
Le saint-père vient de quitter les Tuileries.
Il est parti en avant, avec son camérier, sur la mule, tout à fait comme à Rome, quand il va officier. Il n'a pas voulu démordre de cette mule. Il a fallu la lui passer, a la requête d'ailleurs de l'Impératrice...
TALLEYRAND
Les Parisiens ont commencé par en rire, puis, peu à peu ils se sont mis à se prosterner sur le passage de l'auguste vieillard, qui est en train de les bénir, Altesse,
MURAT, le retenant.
Ce n'est pas cela que je demandais. Je voulais savoir ce qui est décidé pour le couronnement. Est-ce le Pape, oui ou non, qui placera la couronne sur le front impérial ?
TALLEYRAND Un seul homme le sait.
MURAT
Et cet homme, c'est vous ?
TALLEYRAND
Non pas.
MURAT
Le cardinal Fesch alors '?
T ALLE VRAM)
Encore moins. C'est l'Empereur lui-même. Lorsque le nonce du Pape a voulu interroger Sa Majesté à ce sujet. Elle lui a répondu : « J'aviserai au moment voulu. » On en est là.
JÉRÔME, à Junot.
Toujours est-il que le diadème n'arrive pas*... II n'arrive pas, le satané diadème !
JUNOT
En effet. Je vais dépêcher un de mes dragons chez
Margueritte.
PAULINE
C'est cela, duc d'Abrantès.
.Junot va au fond et =ort un instant.) JÉRÔME
Dis-moi, sœur Paulette, ne fais-tu pas erreur en donnant du duc d'Abrantès au général Junot ? Je le croyais duc de Raguse.
PAULINE
Chut ! malheureux, c'est Marmont.
JÉRI iME
Qui donc alors est duc de Tarente?... Attends, ne me le dis pas. C'est Mortier.
PAULINE
Macdonald.
JÉRÔME
Tiens i Je lui attribuais Ponte-Corvo.
PAULINE
Mais, mon pauvre Jérôme, Ponte-Corvo, c'est Bernadotte.
JÉRÔME
Voilà ce que c'est que d'arriver du Nouveau Monde ! Exerce-moi en attendant l'heure du départ. Toi, tu es princesse de Guastalla... J'allais dire Guatemala ! Maudite Amérique! Elisa est princesse de Lucques, et Caroline duchesse de Berg. Tu vois, je sais. Mais il y en a qui ne me restent pas. Ainsi le Bénévent'?... A qui donc est-il, ce diable de Bénévent ?
TALLEYRAND
A moi, prince, par aventure.
JÉRÔME
Tous mes compliments, monsieur le Comte. On a bien raison de dire que plus l'histoire est belle, plus elle est difficile.
MURAT
Chut !... L'Empereur !
252 THEATRE D'EMILE RERGERAT