JOSÉPHINE, NAPOLÉON. LŒIITIA. CAROLINE
PAULINE, É L I S A . J É R 0 M E . JOSEPH, LOUIS, MURAT, 110UTENSE, JULIE, CLAKY, EU GRISE, LE PETIT NAPOLÉON-CHARLES.
NAPOLÉON
Ce contretemps me gâte la journée ! {A Joséphine.] Né dirait-on pas que je te donne le mont Atlas à porter sur le cou! Moi, je vais avoir un manteau qui pèse à lui seul plus de quatre-vingts livres !.. Enfin, il est trop tard à présent pour renvoyer ce diadème aux ouvriers... N'aslu pas plus de courage ?
JuSLTHlNE
Va, ne t"inquiète de rien. Promets-moi seulement de me regarder lorsque le Saint-Père me couronnera, et, si tu souris, je ne fléchirai pas.
NAPOLÉON
Je retrouve une impératrice. C'est bien. Mais quant au Sainl-Père, c'est décidément bien lourd pour lui.
JOSÉPHINE
Que veux-tu dire?
NAPOLÉON
Rien. On verra !... Sois tranquille, je te regarderai... et je te sourirai !.. Venez, ma mère, et asseyez-vous.
(Il fail asseoir Lœtitia, reste debout auprès délie, appuyé sur son fauteuil, et dit dune voix très adoucie :) Approchez, VOUS autres, et
écoutez. Voici. L'image de notre père, Charles Bonaparte, vient de m'apparaître tout à l'heure, au milieu de vous. (Mouvement.) Oui, il m'a ordonné de vous réunir, comme autrefois, là-bas, lorsque l'on se concertait dans les occasions solennelles... De là-haut, il voit ce que j'ai fait de vous, qui n'étiez rien, et qui, sans moi, mangeriez encore la polenta de châtaignes sur le vieux port d'Ajaccio!... Je vous ai partagé l'Europe, et ce n'est pas fini ! (Mouvement.) Oh ! oui, parbleu, vous avez bon appétit encore, car cela vient en mangeant. Mais de même que je veux la paix universelle, je la veux aussi entre les miens. Tenez, vous ne me connaissez pas. (A Eugène.) Donne-moi une chaise. Personne ne me connaît!... (Montrant Joséphine.) Il n'y a qu'elle, ma chère femme, qui sache qui je suis! J'ai les vertus... bourgeoises ! (il marche.) Vous, vous aimez l'argent.., moi je le méprise ! C'est comme la guerre, qu'on m'accuse de préférer à toute autre chose!.. Si l'on savait!... La guerre, je la fais parce que... parce que je l'ai faite!... Si j'écoutais mes goûts, je vivrais au coin du feu, entre ma bonne femme et des enfants, à lire Ossian !... Je n'ai pas d'enfants, mais j'ai une mère, des frères, des sœurs,
des neveux, des nièces, des amis, et vous vous entredévorez ! . . .
LŒTITIA
Mais. Xapolione...
NAPOLÉON
Patience, ma mère, je n'ai pas fini. J'ai à vous dire qu'on est trop corses ici! Vous êtes divisés en deux clans ennemis : d'un côté, vous, ma mère, et vos enfants, de l'autre, ma femme et sa famille, et vous transportez dans le palais des rois de France les mœurs de la ridicule vendetlaî... Je vous avertis donc .que j'irai aux plus sages (Il montre Joséphine), à ceux qui m'aiment pour moi-même, avec désintéressement, et qui me le prouvent tOUS les jours. (Il pose la main sur le front du petit Napoléon- Charles.)
CAROLINE
Que nous ordonnes-tu ?
NAPOLÉON
J'ordonne que désormais, à partir de ce jour, on s'aime autour de moi. en moi. Vous n'êtes pas unis! Toula l'heure, j'ai voulu voir ce qu'il en était. Vous alliez vous soustraire à vos devoirs, qui sont mes volontés. Oui, vous aviez comploté toutes les deux de rompre à Xotre- Dame le cérémonial que j'ai fixé moi même... Il parait que vous deviez vous refuser à porter la traine de l'Impératrice, mesdames les Princesses d'une heure!
JOSÉPHINE
Mon ami...
NAPOLÉON
Xon, laisse, tu es trop bonne : toi, tu en es bête ! C'est
TLUS QUE REINE 259
aujourd'hui qu'il faut en finir. Saluez votre souveraine... et embrassez votre belle-sœur !
Caroline et Pauline vont à Joséphine pour l'embrasser.) JOSÉPHINE
Pas encore.
^ NAPOLÉON
C'est toi qui refuses, Joséphine, toi qui me désobéis ?
JOSÉPHINE
Nulle plus que moi ne désire une réconciliation; j'y mets une condition toutefois.
A-t-on juré aujourd'hui de me mettre en colère ?
JOSÉPHINE
Une grâce que je te demande ?
NAPOLÉON
Je ne fais qu'en signer avec toi î Laquelle ?
JOSÉPHINE
C'est celle de quelqu'un que tu aimes, et qui t'aime, d'un homme qui manque au bonheur de sa famille et que ta mère cherche des yeux autour d'elle, la grâce de ton frère Lucien.
LCET1TIA, embrassant Josépbine.
Ah ! cela est bien ! ma fille.
MURAT, à Caroline.
Elle est vraiment bonne femme î
NAPOLÉON
Ma pauvre Joséphine, tu n'as pas d'ongles! Que je rappelle Lucien ? Je veux bien. C'est lui qui refusera de revenir, je t'en préviens. Sa place était ici. entre Joseph et Louis. Il n'avait qu'à venir la prendre! Mais non. le citoyen Brutus de Marathon boude l'Empire! Il regrette le joli temps du Directoire et la belle constitution ba-be-bi-bo-bu ! Ce n'est pourtant pas ma faute !
LOSTIÎIA
Ecoute ta femme, elle t'aime.
Vous le voulez tous ? C'est dit. qu'il vienne...
t< rçs Merci, Sire, merci.
NAPOLÉON
Mais sans sa femme !
JOSÉPHINE
Sans sa femme... c'est sans ses enfants, et nous n'en avons pas, sire.
- NAPOLÉON, montrant Na]>ol<'on-L harle?.
Eh bien, et ce petit-là? ,n le prend par la main. A Notre- Dame !
(Tous sortent en défit?. )