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SCÈNE PREMIÈRE LES SBIRES, attablés

PREMIER SBIRE

Non, j'en ai jusque-là! C'est fini, je me range. Je m'en vais cultiver le cédrat et l'orange Dans un coin que je sais, non loin d'Ajaccio.

DEUXIÈME SBIRE Moi, c'est aux environs de Bonifacio, Entre deux rochers roux que parfume le myrte.

PREMIER SBIRE, rêveur.

Ah ! c'est là que la lune, en coquette qui flirte, Avec les oliviers joue à colin-maillard !...

DEUXIÈME SBIRE, rêveur!

Ah! Là-bas, le soleil couchant, ce vieux paillard, Se cache sous la vague où flottent, comme liège, Les mouettes qu'on voit prendre des bains de siège!.

PREMIER SBIRE J'ai vingt ans de service... — et le mal du pays.

ENGUERRANDE 307

DEUXIEME SBIRE

Du dégoût de mon art j'ai les sens envahis,

Et ne veux pas mourir avant d'être honnête homme.

PREMIER SBIRE

Ni moi. Si le métier te dégoûte, il m'assomme. Je sens se réveiller sous ma peau d'argousin Quelqu'un dont le roi dit : « Il n'est pas mon cousin ! » Un Corse indépendant, pour t' expliquer la chose.

DEUXIÈME SBIRE

Je constate sur moi même métamorphose. — A ta santé. — Depuis que, grâce à nos. moyens, Les gens de ce pays sont nos concitoyens, Ma fierté d'être Corse atteint à la manie.

CREMIER SBIRE, farouche.

Il faut qu'à Bastia reste l'hégémonie

Sur Palerme, ou sinon, nous n'avons rien acquis

A cette fusion. Rentrons dans nos maquis.

DEUXIÈME SBIRE

Je me fais mal à nos nouveaux compatriotes,

Et j'éprouve parfois des rages idiotes

D'en attirer le soir, un ou deux, dans un coin.

PREMIER SBIRE

Depuis assez longtemps j'éprouve le besoin De m'unir avec eux, comme doigt à mitaine, Par une tripotée en chair palermitaine.

308 THÉÂTRE D'EMILE RERGERAT

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