IIERMIN1E, LOUISE, UN DOMESTIQUE
(Ilerminie est assise devant sa psyché. Louise la coilï'e.)
LOUISE
Madame désire-t-elle parcourir les journaux tandis que je la coiffe?
HERMINIE Merci, non.
LOUISE
Madame est triste depuis quelque temps ; elle devrait se distraire.
Je me distrais. Je suis allée hier avec vous à Orsay voir votre petit garçon. Il est bien joli. J'en aurais désiré un pareil.
LOUISE
Il y a des journaux... anglais.
HERMINIE Quel âge a-t-il aujourd'hui !
LOUISE Quinze mois.
Vous allez le sevrer bientôt. Il faudra le prendre ici : nous relèverons, Louise.
LOUISE
Madame est bonne. Dans ces journaux anglais, il e^l question de l'Irlande.
Ah !... Vous lisez l'anglais .'...
LOI tSE
Non. madame, c'est Bob qui nous les traduit, à l'office. Il paraît que le soulèvement est général et que...
(Avec un cri.) Ali !
Qu'y a-t-il ?
LOUISE Rien.
Ne mentez pas, je vous ai vue dans la psyché... Donnez-le-moi, je veux le voir... C'est pourtant vrai. il est tout blanc ! Comme ça va vite... Je n'ai pas trente ans, Louise, je vous assure.
Mais aussi madame mène trop triste vie ; c'est déraisonnable. Madame devrait voyager. L'été commence et la campagne est belle.
II ERM I S I K 07
IIKUMINIK. tristement.
La campagne est belle à Orsay, pour vous !
LOUISE
Pourquoi, madame n'irait-elle pas à Francbourg ? Il
parait que le parc est merveilleux en ce moment, tout est en fleurs, c'est féerique. Jean qui en revient, et, qui est allé surveiller le curage des étangs, nous ai conté que les hirondelles ont niché dans la fenêtre de madame — madame sait que cela annonce le bonheur. La famille des cygnes a doublé : ils viennent frapper du bec aux contrevents de la véranda qui surplombe la pièce d'eau dans le grand salon ; on dirait qu'ils s'impatientent de leur maîtresse... Si madame allait à Francbourg '.'
BERMMIE Non, pas là, non, pas à Francbourg.
LOUISE
Madame me désole.
BERM1NIE
Dorénavant, ma bonne Louise, lorsque vous me trouverez encore de ces choses-là, arrachez-les-moi sans rien dire ; vous êtes femme, vous me comprendrez.
LOUISE
Je regrette que madame ne veuille pas jeter les yeux sur les feuilles anglaises. On y parle beaucoup d'un ami de M""' de Yirandot.
HERMINTE
Ma sœur reçoit toutes les publications ; si quelque
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chose l'intéresse dans les feuilles anglaises, elle l'y verra. — Qu'est-ce que vous en ferez, de votre fils, Louise ?
LOUISE
Dans ma condition, madame, il n'est guère permis de rêver. Je relèverai de mon mieux. Madame sait que certaines têtes de chefs sont mises à prix.
Ah!
LOUISE
M. de la Tournelle est en fuite, dit-on ; il se cache chez des paysans. On ne le surprendra pas. Il est adoré des insurgés.
Qu'est-ce qui vous fait supposer que cette nouvelle m'intéresse ? Voit-on sur mon visage que la vie de M. de la Tournelle me soit plus chère qu'une autre ? Achevez de me coiffer, je vous prie.
Oui, madame.
LOl'ISK
(Enlrc un domestique avec un bouqucl.) LE DOMESTIQUE
M. le comte m'envoie prendre des nouvelles de madame et il la prie de vouloir hien accepter ces primevères : elles viennent de Franchourg. M. le comte demande s'il peut avoir l'honneur de se présenter.
Veuillez remercier M. le comte de son intention. Je ne sortirai pas de la soirée.
(Exit le domestique.)
I1ERMIME 09
LOUISE
Madame a-t-elle besoin encore de mes services ?
HERMIMK
Non, merci, laisse-moi.
(Exit Louise.)