SCÈNE II Les Mêmes, PIERRE DE LA TOURNELLE
PIERRE entre, s' adressant à Louise.
Mademoiselle, avez-vous ici trois gaillards vigoureux capables de porter un homme un peu lourd?
LOUISE
Un homme... mort?
PIERRE
Non, ivre-mort seulement. J*en ai un en bas, dans mon fiacre, qui me gêne pendant les cahots, et dont je ne serais pas fâché de me débarrasser.
LOUISE
Mais, monsieur, qui vous dit '?...
PIERRE
Pas d'enfantillages, mon enfant. Cette carte est bien celle du maître de céans. Je l'ai trouvée sur lui., fort heureusement, car je n'aurais su où le réintégrer. Vite, n'est-ce pas '? J'ai soixante heures de vagon dans les reins et je ne serais pas fâché d'arriver chez moi pour me reposer.
LOUISE, aux domestiques.
Pour madame, je VOUS en prie. (Les domestiques sortent.)
PIERRE
Il y a une Mme de Moussac ? Diable! Il est rudement s.ioùl !
LOUISE
C'est la première fois, monsieur, la première je vous le jure.
Mais ça m'est égal. Je ne connais ni votre maître, ni votre maîtresse, même de nom. En descendant de la gare, j'ai vu un homme bien mis qui allait être dévalisé par des escarpes, au coin d'une rue déserte. Ma destinée est de sauver les gens. Je m'appelle don Quichotte de la Manche. C'est pourquoi j'ai sauté dans le tas et j'ai fait cinq cents quelque part sur une tête, une épauie ou
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un torse, enfin quelque chose de dur. J'ai le poignet un peu foulé par exemple. C'est de la sorte que j'ai pu vous rapporter ce gentilhomme, car dans l'état où il se trouvait., il ne lui était permis de se défendre ! Il ne lui
manque rien, voyez! (Les domestiques passent en portant Georges
ci ils entrent dans la chambre.) Chut ! sanshruit, camarades !
(A Louise qui s'avance pour regarder le comte.) Non, mon enfant, ne
le regardez pas : il a besoin d'un bout de toilette. Salut.. .
(Il va à la porte.)
LOUISE, courant a lui.
Monsieur, monsieur, votre nom !
PIERRH, disparaissant.
Je vous l'ai dit : Don Quichotte. (Il sort.) LOUISE
Le brave et beau jeune homme! Voici madame, il était temps.