SCENE III
GEORGES, VIRANDOT, AGATHE
sorl île chez Hermiuie el regarde par la fenêtre avec attention.)
VIRANDOT, allant à elle.
C'est lui alors ?
AGATHE
Hélas, oui. Vois comme Geoi"ges est pâle ! Elle arrête
Georges qui se dirige vers la porte.) OÙ allez- VOUS ? Qu'est-ce que
vous allez faire '?
GEORGES Le tuer, ma sœur.-
AGATHE
Est-ce qu'Herminie est adultère '? (Georges s'arrête.)
GEORGES
Mais il l'aime ?
AGATHE Depuis onze ans. On ne tue pas après onze ans.
GEORGES Qu'est-ce qui en empêche ?
AGATHE
Le ridicule.
VIRANDOT
Agathe a raison. Le duel est sans motif puisque l'amour est sans offense.
GEORGES
Qui parle de duel ?
Oh!
GEORGES
On a toujours le droit de tuer quelqu'un... si on se tue soi-même après. Je veux en finir.
AGATHE
Vous déraisonnez, Georges.
GEORGES
Je ne puis tolérer l'idée qu'Herminie aime cet homme !
AGATHE
Vous croyez qu'elle l'aime?
GEORGES
Puisque le voilà, oui.
AGATHE
Pardon ! Qui est-ce qui a envoyé Bob en Irlande ? Elle ou vous?... Ah ! vous n'avez pas voulu m'écouter lorsqu'il en était temps encore. Vous le faites revenir pour l'assassiner ; pour un homme de votre esprit le guet-apens est assez Enfin, qu'en pensez-vous?
lu-' THEATRE D'EMILE BERGERAT
GEORGES
Ma sœur... je l'aime... et elle l'aime. Voilà toute la situation. Il faut la trancher. J'endure l'enfer depuis cinq mois !
Oh! l'enfer?... le purgatoire seulement! Et vous ne l'avez pas volé ! — Mais vous dites qu'elle l'aime ? Vous le croyez ! Moi qui la connais hien et qui ai dans les veines le même sang qu'elle, j'en doute encore.
VIRANDOT
Hum ! ne va pas trop loin.
AGATHE, à Virandot.
Je te conseille de parler des femmes ! Voilà une question où tu es fort, mon ami ! — (A Georges.] Oui, j'en doute et je vous expliquerais hien pourquoi si nous avions le temps de discourir. Nous sommes, Herminie et moi. les deux types de ce monstre qu'on appelle : la Femme honnête. Elle, elle est malheureuse, et je ne le suis pas. Toute la différence est là, mais nos deux pouls haltent à l'unisson, et lorsque j'écoute mon cœur, tandis que cet homme s'avance vers le château, il me dit que ma sœur n'aime pas celui qu'elle croit aimer.
IRGES
Oh ! la femme honnête !...
AGATHE
Voilà votre mauvais sourire, mon pauvre Georges, le sourire de l'enfant du siècle! Je vous jure qu'il y a d'honnêtes femmes encore ! Si l'éducation n'en fait plus guère, la nature se charge d'en perpétuer l'espèce,