‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 38 sur 135 · SCENE V AGATHE. PIERRE · texte numérisé non relu

SCENE V AGATHE. PIERRE

AGATHE, seule.

A nous deux, maintenant, monsieur le héros. (Entre

Pierre.)

PIERRE

Comment se portent vos enfants, madame ?

AGATHE

Très bien, merci. Allez-vous-en !

PIERRE

Voilà ce qui s'appelle un accueil enthousiaste. Me permettrez-vous de m'asseoir cinq minutes !

AGATHE

Non, oh ! non, allez-vous-en.

PIERRE

C'est que je suis un peu las. Le voyage est assez long et je relève de maladie, madame.

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AGATHE

Qu'est-ce que vous avez eu?

PIERRE

Presque rien. J'ai avalé une baïonnette anglaise. Ça ne fait pas autant de mal qu'on l'imagine, mais ça dure cinq mois. Telle est la cause de mon retard.

AGATHE

Vous avez reçu la lettre?

PIERRE

Parfaitement. Le fidèle Bob me l'a remise en mains propres. 11 en est mort, car il a voulu rester avec nous et on l'a pris et pendu. Que de braves en ce monde !

AGATHE

Savez-vous qui vous l'a envoyé ? Ce n'est pas Herminie, c'est Georges.

PIERRE

Et vous voulez que je m'en retourne ! oh ! madame !

AGATHE

Georges aime Herminie ; il est jaloux. Comprenezvous ?

PIERRE

Raison de plus. Et puis j'ai donné ma parole. Mme de Moussac m'a déjà trop attendu, elle a pu douter de moi, daignez y réfléchir.

D'abord, êtes-vous bien sur qu'elle vous attende?

PIERRE

Dame ! Elle m'appelle du moins.

AGATHE

Vous croyez donc qu'elle vous aime '?

PIERRE

Je n'ai point de telles fatuités. Je me contente d'être attendu. C'est assez déjà pour mon dévouement.

Ai. AT HE

Et si je vous prouve que vous vous trompez ! Si je vous démontre qu'elle n'a obéi qu'à un accès de désespoir passager et que vous jouez le rôle du passant dont on invoque la protection dans les ténèbres, voudrezvous abuser de son vertige, vous le plus honnête et le plus fier des hommes ?

PIERRE

Non, celles? Mais alors c'est donc bien elle qui m'a dépêché ie pauvre Bob et non plus M. de Moussac?

AGATHE

C'est elle, si vous voulez, ou moi, ou mon mari, ou le diable ! Qu'importe î Oh ! allez-vous-en ! Vous ne voulez pas la perdre.

PIERRE

Non, j'aime religieusement une créature d'élite, qui m'était due et destinée, que l'on m'a prise et que Dieu me rend. Ne me mettez pas, madame, dans l'embarras de vous refuser quelque chose, moi qui vous apporte les remerciements de tout un peuple.

AGATHE

Voyons, rien ne vous presse de vous montrer tout de suite, au débotté ! Je vous demande dix minutes, au nom du service que vous évoquez. Ma saur va venir

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ici, je causerai avec elle, vous l'entendrez, caché derrière cette tenture et vous jugerez vous-même de l'opportunité de votre apparition. Je m'en fie à votre droiture. Voulez-vous ?

PIERRE

Soit. Je ne fais aucune difficulté de vous avouer que le seul sortilège dont je dispose pour le salut de Mme de Moussac est mon amour inaltérable. S'il ne doit lui être d'aucune aide, il vaudra mieux en effet que je ne sois pas venu. Je n'aurai pas reçu la lettre.

AGT.UIE

La voici. Cachez-vous et paraissez si vous voulez

paraître. (Pierre se cache.)

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