SCENE II Les Mêmes, MAXIME
XAVIER
Qu'est-ce qui t'arrive ?
MAXIME, une valise à la main.
Mais rien du tout. Bonsoir ma tante. J'ai manqué l'express du Havre. Mon imbécile de cocher était gris ; il a injurié des agents, qui l'ont mis à pied et conduit au poste. Pendant ce temps, mon train filait. Tête du voyageur, comme on dit dans les caricatures.
FLORE
Et pourquoi revenez-vous ici ?
MAXIME
En traversant le jardin j'ai vu de la lumière à vos fenêtres et j'ai pensé que Xavier était avec vous. Je n'ai pas résisté au plaisir de prendre de vos nouvelles. Ai-je été si mal inspiré ?
FLORE
Et Gilberte ?
MAXIME
Justement. J'ai scrupule de la réveiller par ma brusque rentrée. Les femmes croient tout de suite à un accident ! Ses palpitations ont recommencé. Le docteur l'a mise au bromure : tous les soirs un demi-gramme dans une tasse de lait avant de se coucher. Mais elle dort si mal encore et si peu, que ce serait cruauté que de lui voler cinq minutes de bon repos pour si peu de choses.
XAVIER
Qui est-ce qui la garde dans ce pavillon ?
MAXIME
Mais Catherine d'abord, la femme de chambre. Elle couche dans une pièce contiguë, lorsque je m'absente. C'est une brave créature, qui adore Gilberte, comme tous ceux qui l'approchent. Mais, toi qui es connaisseur, tuas bien remarqué Catherine, une Normande superbe, avec des bras de marbre.
FLOUE
Elle n'a pas de cousin dans la Carde '?
maxime
Elle? C'est la vertu même. D'ailleurs ses parents sont très sévères, Enfin elle a une inclination au pays. C'est une tête sérieuse ; elle ne veut que le mariage.
XAVIER
Et Ion domestique ?
MAXIME
Qui, Brutus '? Je ne i'ai plus.
XAVIER
Tu n'as plus Brutus, ton fidèle Brutus !
Je ne te l'avais pas dit '.' Oh! c'est sans importance !... Imaginez-vous que le maraud... Enfin croyez-vous à Ruy-Blas ?
XAVIER
Pas possible.
MAXIME
Si. Il en tenait pour « la patronne ». Il lui faisait des vers!... J'avais d'abord cru que ses poésies s'adressaient à Catherine... Mais elle ne sait pas lire. Quoi qu'il en soit, comme il n'avait aucun talent d'abord et qu'ensuite je craignais que Gilberte comprit son rêve de ver de terre, je l'ai, sous un prétexte, dispersé dans le paysage. Croiriez-vous que Turc l'a pleuré trois jours... Pauvre bêle !
flore
Ainsi Gilberte est seule dans votre petit pavillon ? Vous ne pouviez pas nous le dire ?
MAXIME
Mais, tante Flore, elle n'est pas seule. D'abord vous
FLORE DE PMLEUSE 131
êtes ici tous les deux, à trois cents mètres de sa chambre. Puis Catherine, auprès d'elle. Ensuite, il y a Turc, mon chien de montagnes, qui veille dans le jardin. Une bête terrible, le bon Turc. Enfin, vous le savez, j'ai gardé de mes voyages l'habitude d'avoir mon revolver auprès de moi, la nuit. Gilberte l'a sous la main en cas d'alarmes.
FLORE
Enfin, si vous êtes tranquille. Mais je ne veux pas de vous ici. Nous sommes en tète-à-tête. Allez-vous-en.
MAXIME
Pour deux heures, ma tante ?
FLORE
Xi pour deux heures, ni pour deux minutes ! Un jeune mari qui n'a pas encore d'enfant de sa -femme et qui découche ! Je vous trouve scandaleux.
MAXIME
En trois mois, voyons ?
FLORE
De mon temps, monsieur!... Décampez, vous me faites dire des sottises.
MAXIME
Allons, bonsoir, tante inhospitalière ! Mais je vous assure que vous avez tort de vous inquiéter. Turc tiendrait tête à quatre hommes. Il ne connait que moi et les gens de la maison. Il n'y a pas de dragon qui lui soit comparable.
BLORE
Bonsoir, bonsoir. Et une autre fois, lorsque vous irez
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en voyage, envoyez-moi Gilberte ici. Le meilleur dragon, c'est moi. Vous en savez quelque chose !
XAVIER, à Maxime.
Je t'accompagne.
MAXIME
Pourquoi faire '?... Reste, je t'en prie, (il sort.)