SCÈNE IX GILBERTE, MAXIME
MAXIME
Tu es seule ! Xavier et ta tante sont partis !
GUiBERTE
Oui.
Qu'est-ce que tu as? Est-ce que tu souffres?... Livournet est encore là, il faut l'appeler.
GILBERTE
C'est inutile. Mais je souffre un peu en effet. A peu près les mêmes troubles que le soir du voleur.
MAXIME, inconsciemment.
Quel voleur ?
GILBERTE, le regardant.
Comment, quel voleur ? Est-ce que ce n'était pas un voleur '?
MAXIME
Si, si. Je pensais à autre chose.
G1LBERTE
Tu m'as fais peur. J'ai cru que tu en doutais.
MAXIME
11 n'y a pas à en douter.
GILBERTE
Les mauvaises langues ont si vite fait de déshonorer une femme.
MAXIME, avec angoisse.
Qu'est-ce qu'on dit ?
GILBERTE
Tu le devines, n'est-ce pas?
Non, vraiment.
GILBERTE
Oh ! c'est pour te moquer. La première et la dernière accusation qu'on jette à une femme mariée, est celle d'avoir... un amant.
MAXIME, respirant.'
Oh ! si ce n'est que cela. [A part.) Elle m'a fait trembler.
GILBERTE
Si l'on te disait que j'ai un amant, Maxime, qu'est-ce que tu répondrais ?
MAXIME
Moi. Je rirais.
GILBERTE
Et si on te le prouvait ?
MAXIME
Est-ce que tu deviens folle?
GILBERTE
, Me voilà rassurée.
MAXIME, allanl à elle.
Il se passe en toi quelque chose d'extraordinaire. Je ne te connais pas sous ce jour agressif. Tes yeux brillent ; les mains brûlent.
C'est comme l'autre fois, quand tu m'as surprise.
MAXIME
Je t'ai surprise, moi ?
GILBERTE
Ah ! tue-moi, tue-moi, et que ce soit fini. Je l'aime encore.
MAXIME
Gilberte ! (Changeant de ton.) Allons, voyons, tu parles dans la fièvre. Tu ne sais pas ce que tu dis. Mon cher ange, remets-toi.
GILBERTE, à pari.
Il ne me croit même pas ; je ne sais pas mentir !
MAXIME, roulant un fauteuil.
Il faut t'asseoir ici, pendant que je vais chercher
Livournet. ni l'accommode sur le fauteuil.) Je t'en prie, je le
veux. (Puis il va vers la porte.)
GILBERTE
Est-ce qu'elle est jolie, celte Olga du Gymnase '.'
MAXIME, revenant d'un bond.
Quel est le misérable qui t'a appris ce nom?
Ne te fàclie pas. C'est le hasard. (Elle jette la carte à ses pieds.) [Maxime saisit la carie et la lit.) Je suis bien aise que tu t'amuses. J'en ai moins de remords. Au fond, ma tante a raison : les ménages d'autrefois étaient plus sages que les nôtres. La tolérance vaut mieux. On ne s'en estime que davantage.
MAXIM 1
Tu réfléchis à tout ce que tu dis en ce moment ? Tu t'en rends compte ?
GILBERTE
Lorsque, en arrivant ici. j'ai vu que tu t'étais réservé un lit de campagne, j'en ai éprouvé comme un soulagement. Tu as bien fait aussi de chasser Catherine ; il faut toujours se débarrasser de ces gens, faciles à la trahison, qui peuvent parler à un moment donné et attester qu'ils ont vu...
MAXIME
Elle avait vu le voleur?
GILBERTE, riant.
Quel voleur '.'
MAXIME
Si ce n'est pas une effroyable comédie, machinée
THEATRE D'EMILE RERGERAT
entre ta tante et toi. regarde-moi bien en face, dans les yeux, comme ceci, et réponds. L'homme qui sortait de ta chambre et qui s'est sauvé par la fenêtre à mon arrivée, c'était...
GILBERTE
Qui ?
MAXIME
Ton amant ?
GILBERTE
S'il sortait vraiment de ma chambre, je ne vois pas , à moins d'être ce que tu dis, ce qu'il y était venu faire .
MAXIME
Et tu as l'impudence d'en convenir ? Les yeux fixes ?. . . Quelle femme es-tu?
GILBERTE
Qui sait? Une Olga peut-être !
MAXIME, portant la main à sa gorge et à ses yeux.
Ah ! ah ! ah !... Je vois rouge.
GILBERTE, effrayée.
Maxime.
Son nom?
Mais...
Vite, son nom.