‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 62 sur 135 · SCÈNE IX GILBERTE, MAXIME · texte numérisé non relu

SCÈNE IX GILBERTE, MAXIME

MAXIME

Tu es seule ! Xavier et ta tante sont partis !

GUiBERTE

Oui.

Qu'est-ce que tu as? Est-ce que tu souffres?... Livournet est encore là, il faut l'appeler.

GILBERTE

C'est inutile. Mais je souffre un peu en effet. A peu près les mêmes troubles que le soir du voleur.

MAXIME, inconsciemment.

Quel voleur ?

GILBERTE, le regardant.

Comment, quel voleur ? Est-ce que ce n'était pas un voleur '?

MAXIME

Si, si. Je pensais à autre chose.

G1LBERTE

Tu m'as fais peur. J'ai cru que tu en doutais.

MAXIME

11 n'y a pas à en douter.

GILBERTE

Les mauvaises langues ont si vite fait de déshonorer une femme.

MAXIME, avec angoisse.

Qu'est-ce qu'on dit ?

GILBERTE

Tu le devines, n'est-ce pas?

Non, vraiment.

GILBERTE

Oh ! c'est pour te moquer. La première et la dernière accusation qu'on jette à une femme mariée, est celle d'avoir... un amant.

MAXIME, respirant.'

Oh ! si ce n'est que cela. [A part.) Elle m'a fait trembler.

GILBERTE

Si l'on te disait que j'ai un amant, Maxime, qu'est-ce que tu répondrais ?

MAXIME

Moi. Je rirais.

GILBERTE

Et si on te le prouvait ?

MAXIME

Est-ce que tu deviens folle?

GILBERTE

, Me voilà rassurée.

MAXIME, allanl à elle.

Il se passe en toi quelque chose d'extraordinaire. Je ne te connais pas sous ce jour agressif. Tes yeux brillent ; les mains brûlent.

C'est comme l'autre fois, quand tu m'as surprise.

MAXIME

Je t'ai surprise, moi ?

GILBERTE

Ah ! tue-moi, tue-moi, et que ce soit fini. Je l'aime encore.

MAXIME

Gilberte ! (Changeant de ton.) Allons, voyons, tu parles dans la fièvre. Tu ne sais pas ce que tu dis. Mon cher ange, remets-toi.

GILBERTE, à pari.

Il ne me croit même pas ; je ne sais pas mentir !

MAXIME, roulant un fauteuil.

Il faut t'asseoir ici, pendant que je vais chercher

Livournet. ni l'accommode sur le fauteuil.) Je t'en prie, je le

veux. (Puis il va vers la porte.)

GILBERTE

Est-ce qu'elle est jolie, celte Olga du Gymnase '.'

MAXIME, revenant d'un bond.

Quel est le misérable qui t'a appris ce nom?

Ne te fàclie pas. C'est le hasard. (Elle jette la carte à ses pieds.) [Maxime saisit la carie et la lit.) Je suis bien aise que tu t'amuses. J'en ai moins de remords. Au fond, ma tante a raison : les ménages d'autrefois étaient plus sages que les nôtres. La tolérance vaut mieux. On ne s'en estime que davantage.

MAXIM 1

Tu réfléchis à tout ce que tu dis en ce moment ? Tu t'en rends compte ?

GILBERTE

Lorsque, en arrivant ici. j'ai vu que tu t'étais réservé un lit de campagne, j'en ai éprouvé comme un soulagement. Tu as bien fait aussi de chasser Catherine ; il faut toujours se débarrasser de ces gens, faciles à la trahison, qui peuvent parler à un moment donné et attester qu'ils ont vu...

MAXIME

Elle avait vu le voleur?

GILBERTE, riant.

Quel voleur '.'

MAXIME

Si ce n'est pas une effroyable comédie, machinée

THEATRE D'EMILE RERGERAT

entre ta tante et toi. regarde-moi bien en face, dans les yeux, comme ceci, et réponds. L'homme qui sortait de ta chambre et qui s'est sauvé par la fenêtre à mon arrivée, c'était...

GILBERTE

Qui ?

MAXIME

Ton amant ?

GILBERTE

S'il sortait vraiment de ma chambre, je ne vois pas , à moins d'être ce que tu dis, ce qu'il y était venu faire .

MAXIME

Et tu as l'impudence d'en convenir ? Les yeux fixes ?. . . Quelle femme es-tu?

GILBERTE

Qui sait? Une Olga peut-être !

MAXIME, portant la main à sa gorge et à ses yeux.

Ah ! ah ! ah !... Je vois rouge.

GILBERTE, effrayée.

Maxime.

Son nom?

Mais...

Vite, son nom.

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