MAXIM H
Mais n'aimes-tu que moi?
GILBERTE
Sans doute, mon ami.
Et l'autre ?
Quel autre ?
MAXIME, soubliant.
GILBERTE, stupéfaite.
MAXIME
Oh! Quel autre?... Laissons cela. Je t'en conjure! Je t'aime et je t'adore ! Qu'importe le passé, ce sera le passé, ce qui s'efface, ce qu'on ouhlie ! Je ne veux pas savoir son nom. Je ne te le demanderai jamais. Mais tu es à moi, à moi seul... entends-tu, Gilberle? à moi.
,11 s'empare d'elle et la presse violemment.) GILBERTE
Mais tu me fais mal. Maxime.
MAXIME, la laissant aller.
C'est vrai, je ne me contiens pas. Te voilà tout oppressée ! Non, calme-toi. Rentre dans ta chambre. Va, je demeurerai ici. Cela vaut mieux pour tous les deux.
Oh ! je Souffre !... (Il tombe assis.)
G1LBERTE, lui prenant la tête.
Tu souffres, mais moins que je n'ai souffert, méchant. Par quels combats terribles j'ai dû passer avant de me décider à ce que j'ai fait. Mais tu ne m'aimais plus. C'était trop visible, et tout le monde s'en apercevait bien. Il semblait que ma présence, ma personne te fissent horreur. Chaque jour te séparait de moi de plus en plus. C'était effrayant. Sans ma tante, cependant, je n'aurais jamais pu me résigner à te rendre malheureux.
MAXIME
C'est elle qui t'a conseillé cela. Elle n'est pas scrupuleuse, ta tante Flore, avec les pauvres maris ; il les lui faut aveugles, infaillibles et parfaits.
GTLBERTE
Je te jure que je ne l'aurais point écoutée, si Xavier lui-même ne l'avait approuvée. Xavier est un homme, lui. C'est ce qui m'a décidée.
MAXIME
Quoi, Xavier aussi?
GILBERTE
Oui. D'ailleurs, il avait le premier découvert l'erreur du commissionnaire, ta carte pour cette actrice.
MAXIME
C'est lui qui te l'a montrée.
GILBERTE
Non. Mais qu'importe, je ne suis plus jalouse d'Olga. Au fond, je ne l'ai jamais été, je crois. Je savais bien que tu ne pouvais aimer que moi. Seulement, je ne comprenais pas pourquoi tu me fuyais comme la lèpre.
MAXIME
Ma pauvre enfant ! ne le comprends jamais.
Tu changes de visage. Mais qu'est-ce qu'il y a donc, mon Dieu ! [Elle va à la porte et appelle.) Xavier.
MAXIME
N'appelle point Xavier. Restons seuls, je t'en prie. Je te parlerai doucement, car je sais que tu es malade et que tes étouffements sont revenus. Passons sur tout cela. Vrai ou faux, je te pardonne. Si j'avais pu le tuer seulement...
(iILBERTE
Le tuer '? le tuer ! mais qui donc ?
MAXIME
Ne te bouleverse pas ainsi. Il y va de ta santé qui m'est plus chère que tout au monde.
GILBERTE
Tu as voulu tuer quelqu'un à cause de moi, Maxime, quand donc ?
MAXIME
Personne... Jamais... Je pensais à Turc!... Appelons ta tante.
. (iILBERTE
Non, je ne veux plus maintenant.
MAXIME Je t'en prie.
Je ne comprends rien à tout ce que tu dis. Ma santé ne court pas plus de dangers que ma conscience...
MAXIME
J'en suis sûr.
GILBERTE
Et j'espère bien que tu n'as jamais cru à cette sotte invention d'amant.
MAXIME
Hélas!...
GILBERTE
Hélas !... (Elle va aux portes.) Venez tous, ma tante Flore de Frileuse, Xavier de Frileuse, mon frère ; je veux que cet homme me demande pardon à genoux. Je le veux, il m'a soupçonnée d'adultère !
MAXIME
Non, non, jamais ! J'en atteste ma douleur.