SCÈNE VII HERMIN1E, AGATHE, GHAMPOULAY
CHAMPÔULAY, saluant.
Comtesse. (A Agathe.) Madame.
HERMINIE, présentant Agathe.
M"'e de Virandot, ma sœur.
CHAMPOULAY
Je suis au désespoir de troubler votre entretien ; mais si vous le permettez... je reviendrai dans cinq minutes.
Quelle que soit la nouvelle, monsieur, que vous ayez à m'annoncer et fût-elle aussi grave que je la suppose, vous pouvez parler devant ma sœur.
CHAMPOULAY
Croyez bien, madame, que le profond respect que vous m'inspirez, m'a seul déterminé à la démarche, bors de toutes les convenances, que je risque en ce moment. L'amitié d'ailleurs a des devoirs pénibles, et alors que l'honneur d'un grand nom est en cause...
HERMINIE Coupons court ; mon mari est déshonoré '?
GHAMPOULAY
Oh! pas encore! mais il ne lui reste plus qu'une heure pour l'être : certaines dettes se paient à Paris
22 THÉÂTRE D'EMILE DERGERAT
dans les quarante-huit heures et avant dix heures; il en est neuf.
HKKMINIF.
Georges a perdu sur parole.
CHAMPOULAY
Une somme sérieuse, madame, dont il ne se doute pas lui-même. Il n'a pas eu conscience de son entraînement, et l'ivresse du jeu, d'autres excuses encore...
HEKMIME
Votre démarche est vraiment d'un ami, monsieur. Combien ?
CHAMPOULAY
Je n'ose vous le dire.
Cent mille francs ?
I HAMPOULAY
Juste.
Mais je le sa\ais.
CHAMPOULAY
Ah ?... C'est que le partenaire de Georges est un étranger, madame, il part à midi pour Pétersbourg, où la cour le rappelle.
HERMINŒ
M. de Bolskoff, oui. Rassurez-vous, la dette est payée depuis une heure. Mon mari est passé chez M. de Bolskoff, n'est-ce pas, ma sœur?
AGATHE
Il en revient à l'instant, monsieur.
II E RM INI E 23
( "HAMPOULAY, troublé.
C'est que... assurément.., toutefois...
IIERMINIE
Quoi donc ?
CHAMPODLA.Y
Bob sans doute m'a induit en erreur, ou je ne l'aurai point compris. Si j'avais su que Georges fût ici, madame, je n'aurais certainement pas commis l'indiscrétion de vous déranger à cette heure matinale, surtout pour ce que j'avais à vous dire. Daignez m'excuser.
(llcrminic soune.)
SGÈiNE VIII
Les Mêmes, LOUISE, puis BOB
Louise, priez Bob de dire à mon mari que M. le baron de Champoulay le demande.
LOUISE
Oui, madame. Voici Bob. (Entre Bob.)
Bob, entrez chez votre mailre et priez-le de venir. Eh bien, vous ne comprenez donc pas? Avertissez M. le comte de Moussac que M. de Champoulay l'attend
au salon. (Uol> reste immobile, consterné et la 161c baissée.) (Heroiime lui renouvelle son ordre en anglais.) Tell your master that I Wailt
to speak to him.
•24 THÉÂTRE D'EMILE BEKGERAT
BOB tombe aux pieds d'Herminie.
Madame ! oh ! madame !
HERMINIE, reculant.
Qu'a cet homme?
LOB
Pas trouvé ! Couru tout Paris. Pardonnez. Je viens de la Préfecture.
HÊRMIME
De la Préfecture ! oh! imbécile ! Retournez-y tout de suite et dites que votre mailre est ici depuis huit heures du soir, qu'on cesse toutes recherches. M. le comte de Moussac a passé la nuit chez moi. Allez.
liob sort.)
Je n'ai qu'une chose à vous dire, madame : pour moi Georges est ici ; je me ferais hacher pour le prouver. *
LOUISE
Mais, monsieur, c'est la vérité. M. le comte est dans son appartement, je vais vous mener à lui, si vous le
désirez. (Elle ouvre la porte de Georges.)
CHAMPOULAY, regardant sur le seuil.
C'est pourtant vrai. Le voilà qui repose. Eh bien j'ai fait là un assez joli impair. Mesdames! Oh! quelle
bourde ! (Il enlre chez Georges.)