‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 90 sur 135 · SCÈNE II ORLIZ, ARIAS. (Ils sortent de la forêt · texte numérisé non relu

SCÈNE II ORLIZ, ARIAS. (Ils sortent de la forêt

ARIAS, débouchant.

Orliz, voici la mer.

Nous sommes égarés.

ORLIZ, se secouant .

C'est ce qu'on peut nommer Un temps propice à faire endêver les gendarmes D'une gendarmerie !...

ARIAS, criant entre ses mains.

« A vendre : cent vacarmes

D'une collection complète de boucans,

Depuis ceux du canon jusqu'à ceux des volcans ! »

— Je suis sourd pour la vie...

ORLIZ

Et moi je suis aveugle.

Cette forêt qui hurle à cette mer qui beugle, Qu'est-ce, Arias, auprès du ton, faux de couleur, De ces éclairs mal peints sur ce fond sans valeur? Quand on pense, pourtant, qu'ils sont sur la cimaise !

ARIAS, apercevant la cabane.

Que vois-je? Un casino!...

ORLIZ

Déjà :'

ARIAS

J'en suis bien aise, Car j'ai fort soif. J'ai soif jusqu'à l'accablement. Et si j'osais le dire : épouvantablement.

(Il va à la porte et heurte.)

Personne ! Cette plage a besoin de réclame. Voici toujours du feu.

(Ils entrent et se chauffent, )

ORLIZ, en se chauffant.

Quand il créa la flamme.

L'Eternel, devant qui je tombe agenouillé, Songeait au clair-obscur !. . .

ARIAS, secouaut ses hantes.

... Moins qu'au linge mouille.

Où diable Gaétan peut-il être ?

ENGUERRANDE 239

ORLIZ

Il chevauche.

Au lieu de prendre à droite il aura pris à gauche. C'est ainsi qu'on explique avec facilité Le rôle du destin dans la fatalité.

ARIAS

Tu m'ohligerais fort de m'expliquer ce rôle Dans ma présence ici.

ORLIZ

Magnifiquement drôle !

Palerme est divisée en deux partis : le tien, C'est-à-dire le nôtre. Il opine au maintien De l'interrègne, et veut simplement qu'on s'allie — Pour tenir en respect l'annexante Italie — A la Sardaigne. L'autre, où Ton voit le Sénat Et les autorités, voudrait qu'on assénât A Gaétan un coup tellement... royaliste Qu'il en demeurerait couronné, sur sa liste Civile!... La Discorde agite ses ferments. Ce jeune hommme est de ceux qui tiennent leurs serments, Que font ces cuirassiers du gilet de flanelle ? Ils posent sous son mur... cherche !... une sentinelle Comme on pose une mouche ; et, par cet homme armé, Gaétan est contraint de rester enfermé Dans son « home » et d'attendre, en pétrissant la glaise, Ce qu'on nomme un « meeting », mon cher, en langue anglais^

ARIAS

Son atelier se change en bastille?

ORLIZ

Tu vois.

Mais s'il est très mauvais écuyer de pavois,

Gaëlan, à cheval, a beaucoup du centaure... C'était à l'heure exquise où l'homme se restaure, Et tu dormais, étant à la sieste enclin. Notre hôte nous fit un clin d'œil, et dans ce clin, Tu fus le cavalier d'un cheval débonnaire Avec lequel tu viens de franchir le tonnerre Pour t'embarquer parmi ces éclairs rabougris.

ARIAS

Et nous allons '?

ORLLZ

En France, où tous les rois sont gris.

ARIAS

La génération qui s'y dit : la nouvelle Y croira-t-elle, Orliz, à ce roi de Nivelle?

ORLIZ

Elle n'y croira pas plus que nous n'y croyons ; Mais tu tiens une plume et moi j'ai des crayons ; Du diable après cela si l'histoire en appelle D'un fait dont tu seras l'Homère et moi l'Apelle !... Tâchons de retrouver notre héros.

ARIAS

Quel vent !. ..

(Ils rentrent dans la forêt.)

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