SCÈNE III
Les Mêmes, LA POMPADOUR, LA MARÉCHALE, DU HAUSSET, BERNIS
LA POMPADOUR, du fond.
Les meilleurs artistes du roi, ceux qui m'aiment, ma vraie famille! Je ne vois pas pourtant M. Nattier, mon premier peintre, oh! par ordre chronologique, Messieurs!...
MARIGNY
Il fait le portrait de la reine.
LA POMPADOUR, elle s'avance.
Nous venons, avec du Hausset, de nous rouler dans l'herbe comme des bergères. Oh ! que c'est amusant, et que cela fait du bien! Quesnay serait content! Je vous ai cueilli des fleurs. Il y en a pour vous tous. C'est Bernis qui porte le panier. Donnez, l'abbé.
BERNIS, lui donne la corbeille.
Voici, Marquise.
LA POMPADOUR, elle accroche la corbeille à son bras, dans la pose du portrait de la Belle Jardinière, et elle y prend une fleur qu'elle porte à ses yeux.
Qui veut l'ordre de la jacinthe?
VAN LOO, assis, le calepin sur les genoux»
Pour l'amour de Dieu, Madame, restez ainsi, [et un instant de pose.
126 LA POMPADOUR
LA POMPADOUR, s'arrêtant dans la pose.
Volontiers, Van Loo, mais vous ferez la toile.
LA TOUR
Je prends congé, Marquise. J'ai séance.
LA POMPADOUR
Quel dommage ! Merci tout de même et à bientôt, monsieur de La Tour. (La Tour sort.) C'est un excellent homme et un grand artiste, mais il ne peut voir qu'on me portraiture après lui. Quand il travaillait à mon beau pastel... (A Tan Loo.) Puis-je causer?
VAN LOO
Oui, oh ! ouï, je vous en prie.
LA POMPADOUR
Donc, pendant que je lui posais ce chef-d'œuvre, il avait stipulé expressément que personne n'entrerait dans mon appartement... Vous savez qu'il peint en bras de chemise et la cravate dénouée ?
COYPEL
Devant vous, Marquise?
LA POMPADOUR
Mais c'est La Tour ! Un jour, le roi, que je n'attendais pas, entra à l'improviste. Et mon original de se lever et de fermer sa boîte de crayons. Croyez-vous qu'il partit fwioso sans rien vouloir entendre, son habit sous le bras et le col ouvert?
BOUCHER Sa Majesté a dû bien rire?
LA POMPADOUR
Pas trop ! Mais le pis c'est qu'il m'a fallu parlementer six mois pour obtenir de l'irascible maître qu'il revînt terminer le portrait. (A Van Loo qui se lève.) Le vôtre n'a pris que six minutes. Voyons. (Elle regarde.) Je ne me savais pas Si belle jardinière ! (Elle passe le portrait aux artistes
qui l'admirent.) Messieurs, je compte bien que vous allez m'aider à supporter ma retraite à Bellevue. Tout ici est à vous puisque vous y avez tout fait. Nous tâcherons de ne pas trop nous ennuyer ensemble. Vos conseils me sont d'ailleurs nécessaires pour la création de certains ameublements et de tentures nouvelles dont l'idée me trotte dans la tête.
(Entre Guay.)