LA REINE
Veuillez introduire Madame la duchesse de Pompadour. (Aux dames.) Seyez-vous, Mesdames. (Les dames d'honneor s'as-
soient sur les tabourets. A la Maréchale.) Qui la présente aux
honneurs ?
LA MARÉCHALE
Madame la duchesse de Villars et Madame la duchesse de Luynes. Les voici.
(Les duchesses de Luynes et de Villars entrent par la porte de gauche et se tiennent de chaque côté. La Pompadour entre somptueusement habillée et parée et s'arrête sur le seuil. Murmures d'admiration.)
SOUBISE, à Richelieu.
Ah ! qu'elle est belle !
(La Pompadour fait sa première révérence de cour dans l'encadrement de la porte. Elle s'avance ensuite en scène, passe devant la grande cheminée, traînant son bas de robe, fait de là sa deuxième révérence, puis marche droit au trône, et sa traîne s'étale dans toute la largeur de la scène. Troisième révérence au pied du trône. Là, elle se dégante, s'agenouille sur le premier degré du trône et saisit le bas de la jupe de la reine.)
LA REINE, l'arrête d'un geste.
Relevez-VOUS, Madame. (La reine se lève. La Pompadour monte le premier degré du trône. La reine se tourne vers elle et dit :) NOUS
nous réjouissons, madame laDuchesse, d'avoir été choisie pour vous réconcilier avec la Sainte Église et le Bon Dieu.
(Cela dit, la reine tend sa joue à .la Pompadour. Baiser de La Pompadour à la reine. A ce moment, on entend dans la chapelle le chant liturgique du « Parce Domine ».)
LE ROI, avec effroi.
Qu'est cela?
BERNIS, à Soubiso.
Le « Parce Domine », le chant des trépassés. Que vous disais-je. Le coup est du Dauphin.
164 LA POMPADOUR
LE ROI
Faites cesser. (Il va à la reine qui descend rapidement du tronc.)
Quelqu'un est-il mort aujourd'hui dans notre palais?
(Les orgues et les chants redoublent.)
LA REINE, elle va vers la porte.
Hélas! Louis, la royauté peut-être. (Au roi. Elle prend le
bras du roi et sort avec lui. Le Dauphin 'et Mesdames sortent derrière eux. Quand ils sont sortis, Richelieu cour à la Pompadour.)
RICHELIEU
Ah ! Duchesse, la basse vengeance de cagots.
LA POMPADOUR, debout et triomphante sur le deuxième degré du trône, à Richelieu.
Laissez, laissez, j'ai Voltaire !
Le jardin des Tuileries, l'hiver de l'an 1757, exactement le 5 janvier. Un grand vase de marbre sur son socle à gauche, chaises, bancs de pierre, etc. Perspective d'allée dépouillée et aspect hivernal, mais par un beau temps, clair et lumineux.