SCÈNE IV
Les Mêmes, LA MARÉCHALE, RERNIS
LA MARÉCHALE, à Bernis.
C'est ici, l'abbé, merci. A présent décampez sans vous retourner pour ne pas être changé en sel... Et puis le secret, n'est-ce pas? La discrétion est l'escabeau de la fortune.
BERNIS
Vous n'avez plus peur au moins?
LA MARÉCHALE
Je n'ai peur que dans les bois. Il sort des troncs d'arbres, la nuit, d'affreux satyres à mœurs de boucs.
BERNIS
Vous en avez vu?
LA MARÉCHALE
Dame ! Ce sont les poètes qui le disent. On ne ment pas en vers. Mais quand la nature est bâtie, je suis très
brave, je vais seule. (Elle s'avance en scène et aperçoit Richelieu et .Soubise. Elle rappelle Bernis.) Berilis?
BERNIS f revenant.
Qu'y a-t-il?
LA MARÉCHALE
Des boucs!
RICHELIEU, allant à elle.
Bonsoir, chère amie.
14 LA POMPADOUR
C'est vous, Richelieu?
SOUBISE, même jeu.
L'autre satyre, c'est Soubise.
LA MARÉCHALE
Ah! mon Dieu, voilà qu'ils entrent dans les cours. Suis-je en retard!
RICHELIEU
Non, il n'est pas dix heures. Mais d'Estrades et Luxembourg sont déjà là.
LA MARÉCHALE
J'ai eu des peines infinies à me dégager du service de la reine. Elle voulait toutes ses dames d'honneur autour d'elle. Il m'a fallu feindre d'être incommodée pour obtenir de me retirer.
SOUBISE
Sa Majesté est-elle encore chez le Dauphin?
LA MARÉCHALE
C'est là que je l'ai quittée. Elle décidaitune promenade nocturne dans les jardins, après quoi elle doit se rendre... Mais qu'importe à des parpaillots de votre acabit? Enfin, elle finira la soirée en prières, dans la chapelle.
(Dix heures sonnent.)
RICHELIEU, offrant son bras.
Dix heures. Venez, le roi va arriver. Soubise, emmenez l'abbé. Vous n'imaginez pas son impatience. Il a vingt ans.
LA MARÉCHALE, prenant sou bras.
Et elle?
RICHELIEU
Elle est chez moi depuis ce matin. Elle a tout ordonné elle-même. Tous verrez, c'est admirable.
(Ils entrent dans l'appartement.)