‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 84 sur 123 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

ADRIEN

Tiens c'est vrai. Ce serait drôle ces quatorze jours, n'était le quinzième.

MICHELINE

Oh! le quinzième, c'est une question de confiance.

ADRIEN

Et la confiance dépend delà femme... qu'on a... C'est cela que tu veux dire ?

MICHELINE

Elle dépend du mari surtout. Par exemple, un mari très aimé qui aurait en sa femme une foi absolue, la foi que l'on se jure devant Dieu, et que l'on tient quand on croit en lui, quand on est honnête, quand on aime... tu m'écoutes?... Ce mari-là, s'il y en a..-, mais y en a-t-il?

ADRIEN

Achève, au moins pour rire.

S'il existait, ce mari-là, il n'aurait pas besoin d'aller à Versailles, d'y déranger inutilement deux officiers, ni même de manquer son dîner qu'on va servir.

ADRIEN

Je ne te cache pas que je crève de faim.

MICHELINE

Oui, ça sent bon, là, à côté. Ce sont les écrevisses.

ADRIEN

C'est le jour des écrevisses ?... Sapristi!... Voyons, jure-moi...

MICHELINE, vivement.

Je ne te jure rien du tout... Question de confiance.

ADRIEN, à lui-même.

En somme, il serait toujours temps de se battre !

MICHELINE

N'est-ce pas?

ADRIEN

Oui, mais pour que ton idée fût réalisable, il y faudrait une autre Flavie, et je te défie bien de l'être.

MICHELINE

De l'être, oui, mais de le paraître ?

ADRIEN

Tu es trop foncièrement honnête, non seulement d'éducation, mais d'âme. Tu ne pourrais pas.

Tu m'as déjà dit que j'étais province. Ça fait deux fois !

ADRIEN

Veux-tu parier que tu ne peux pas être la comédienne d'un pareil rôle ?

MICHELINE

Quel est l'enjeu ?

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