ACTE II
BLOMET, chaulant :
» La première fois que je vous vis, C'était au Lois de Romainville ! »
MICHELINE, continuant.
« Que je vous vis, foudroyé par votre beauté, je suis resté ébloui, muetdevant vous, et vous avez dû me trouver bête ; mais une femme ne se trompe pas aux sentiments qu'elle inspire. Votre mouchoir tomba à vos pieds et je le ramassai éperdument... »
Cela s'appelle faire le mouchoir, même dans George Sand, éperdument, si vous voulez, mais le faire !
MICHELINE
J'en passe, n'est-ce pas ?
BLOMET
Merci !
MICHELINE, lisant.
« Ah! Flavie!... qu'il est doux de souffrir!... Mon pauvre cœur bat et palpite. Je bégaie votre nom adoré, grâce, j'expire, je t'aime. »
BLOMET
Je t'aime, tu m'aimes, nous nous aimons, ils s'aiment ! Oh ! là ! là ! C'est ça la sienne ? Tenez, voulez-vous que je vous dise? Eh! bien, je ne comprends pas ma femme ! Non, vraiment, là, elle est sans excuses !
MICHELINE
On ne s'éveille qu'après, capitaine.
BLOMET
C'est donc ça ! Ça ne peut être que ça !
MICHELINE
Il y a un post-scriptum.
BLOMET
Ah ! je l'espère ! Allons-y du post-scriptum.
MICHELINE, lisant.
« Je serai chez nous à l'heure du thé. Si vous avez pitié de moi, un mot de votre main sous la tasse de thé. Quant à votre jaloux, ne craignez rien. Je lui ferai sa chère partie d'écarté. Il ne tient qu'à vous qu'il la gagne ! »
BLOMET
Le dernier mot n'est pas mal, mais il n'y a que ça de drôle !
MICHELINE
Fin du post-scriptum. (Lisant.) « Serez-vous ce soir au théâtre? On y donne Britannicus, une tournée de la Comédie-Française. J'irai tout de même, mais c'est hien pour vous y voir... » C'est tout !
BLOMET
C'est ça la déclaration du paquet 28. Je proteste! La mienne est meilleure et à tous les points de vue, même celui du style.
MICHELINE
Le tout, dans le genre, est de convaincre.