‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 98 sur 123 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

BLOMET, chaulant :

» La première fois que je vous vis, C'était au Lois de Romainville ! »

MICHELINE, continuant.

« Que je vous vis, foudroyé par votre beauté, je suis resté ébloui, muetdevant vous, et vous avez dû me trouver bête ; mais une femme ne se trompe pas aux sentiments qu'elle inspire. Votre mouchoir tomba à vos pieds et je le ramassai éperdument... »

Cela s'appelle faire le mouchoir, même dans George Sand, éperdument, si vous voulez, mais le faire !

MICHELINE

J'en passe, n'est-ce pas ?

BLOMET

Merci !

MICHELINE, lisant.

« Ah! Flavie!... qu'il est doux de souffrir!... Mon pauvre cœur bat et palpite. Je bégaie votre nom adoré, grâce, j'expire, je t'aime. »

BLOMET

Je t'aime, tu m'aimes, nous nous aimons, ils s'aiment ! Oh ! là ! là ! C'est ça la sienne ? Tenez, voulez-vous que je vous dise? Eh! bien, je ne comprends pas ma femme ! Non, vraiment, là, elle est sans excuses !

MICHELINE

On ne s'éveille qu'après, capitaine.

BLOMET

C'est donc ça ! Ça ne peut être que ça !

MICHELINE

Il y a un post-scriptum.

BLOMET

Ah ! je l'espère ! Allons-y du post-scriptum.

MICHELINE, lisant.

« Je serai chez nous à l'heure du thé. Si vous avez pitié de moi, un mot de votre main sous la tasse de thé. Quant à votre jaloux, ne craignez rien. Je lui ferai sa chère partie d'écarté. Il ne tient qu'à vous qu'il la gagne ! »

BLOMET

Le dernier mot n'est pas mal, mais il n'y a que ça de drôle !

MICHELINE

Fin du post-scriptum. (Lisant.) « Serez-vous ce soir au théâtre? On y donne Britannicus, une tournée de la Comédie-Française. J'irai tout de même, mais c'est hien pour vous y voir... » C'est tout !

BLOMET

C'est ça la déclaration du paquet 28. Je proteste! La mienne est meilleure et à tous les points de vue, même celui du style.

MICHELINE

Le tout, dans le genre, est de convaincre.

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