‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 1 sur 67 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Le milieu du jour* grande clarté.

ARCHIS, DAMÉTA

Àrchis et Daméta entrent par la gauche.

ÀRCHIS, à Daméta.

Arrête, Daméta, voici le mont Lycée !... Cette vallée en fleurs, de ses torrents glissée Comme un vin lumineux débordé des cuveaux, Est celle même où, pour d'amoureux renouveaux*

Jupiter, s'il est vrai qu'un Immortel renaisse,

De son éternité retrempe la jeunesse.

(Il montre le paysage.

Salue en la splendeur de l'été radieux

La ferme de l'Olympe et la Tempe des Dieux.

Dans le cirque des monts que son char incendie

Phœbus déchevelé t'éclaire FArcadie.

DAMÉTA

0 cher époux, quel lieu de délices, quel ciel !

ARGHIS

Respire le parfum de la terre de miel

Où l'abeille dispute au vent qui les attise

Le nard de l'asphodèle et l'encens du cytise;

Où la colombe pose à la pointe des ifs :

Où l'oranger, chargé des lingots d'or massifs

De ses pommes au goût d'éther et de rosée,

S'argente de la fleur promise à l'épousée!...

(Il va au fond.)

*— De ses fanons spumeux, pareils à des beauprés,

Le taureau fend la mer ondoyante des prés;

La chèvre sur les pics se suspend, exaltée

Par l'espoir d'allaiter un dieu, comme Amalthée •

La vigne et l'olivier égrènent aux torrents

Leurs perles d'ambre et leurs grains de jade odorants;

Les temples consacrés aux Muses héroïnes

Ont prématurément leur beauté de ruines ;

Et — regarde, — au couchant où vibrent les lointains

Ainsi que des dressoirs de cuivres et d'étains,

Un flocon de nuée égaré dans l'espace

Tel un c^gne endormi, Hotte, dérive et passe!...

*— Ma femme, n'allons pas plus loin, mourons ici,

DAMÉTA

C'est donc si tu le veux que je le veux aussi.

(Entre le berger.) Un berger importun.

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