‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 2 sur 67 · SCÈNE III Lss Mêmes, JUPITER en berger · texte numérisé non relu

SCÈNE III Lss Mêmes, JUPITER en berger

LE BERGER, (il entre).

Cet âne, qui se vautre Follement au milieu des chardons, est-il vôtre ?

ARCIIIS Il est nôtre, en effet.

DAMÉTA

Un vieil ami, berger!

Nous l'avons mis à paître à l'ombre d'un verger, La montée étant rude.

ARCHTS, fièrement.

Il l'a faite sans braire!

LE BERGER

Salut à ceux pour qui l'animal est un frère!... Mais sur le mont Ménope, hostile aux vieux époux, Quel oracle vous guide et quel dieu cherchez-vous?

DAMÉTA

Aucun et tous. La vie est l'éternel miracle Et nous aurons vécu sans consulter d'oracle.

ARCHIS

Issus de même race hellène tous les deux

Nous atteignons au but doublement hasardeux

De visiter, avant d'en grossir la poussière,

La terre qui nous fut propice et nourricière.

Nous avons traversé ses bois hyme'néens,

Et suivi ses contours méditerranéens

Dont les lignes, quand on plane du mont Taygèle,

Tracent la main d'onyx d'Apollon Musagète

Et posent en travers du golfe aérien

Ses cinq doigts rayonnants sur le monde aryen!

C'est ici que nous finissons, las d'allégresse,

Et nous allons dormir sur le cœur delà Grèce

Au chant de cette source élyséenne, là.

LE BERGER

Puisque vous désirez mourir, évitez-la.

Ses eaux d'enchantement donnent la survivance.

ALCHIS

Qu'est-ce à dire?

LE BERGER

C'est la fontaine de Jouvence.

Gardez de vous mirer dans sa vasque!...

DAMÉTA

Pourquoi?

LE BERGER

On s'y voit au rebours de l'ordre et de la loi :

Si l'on est jeune, à l'âge où l'amour nous délaisse ;

Si l'on est vieux, au temps qu'il nous tenait en laisse,

fi LA FONTAINE DE JOUVENCE

L'aie ul en cheveux noirs, l'éphèbe en cheveux blancs, Et dans l'illusion d'être encor ressemblants. Quand on veut se réincarner on s'en abreuve,

ARGHIS

Explique mieux. Quel est le rite de l'épreuve?

LE BERGER, devant la fontaine.

Tu t'inclines, pieux, sous ces lauriers en fleurs Qu'agitent mollement les zéphyres souffleurs;... Ils brouillent ton reflet dans l'onde... une buée S'élève, qui d'abord entre eux distribuée, Flotte, puis s'agglomère... Alors guette l'arrêt Où ta forme à vingt ans, fugace, t'apparaît, Saisis la coupe, bois, et la métamorphose S'opère ; ton image actuelle est forclose, Le papillon nouveau s'envole du bombyx Et le nocher sans toi repasse encor le Styx !

(Il remonte au fond.) Moi, voilà dix cocons déjà que j'expédie. Je ne me résouds point à quitter l'Arcadie.

L'ombre tourne, salut!

(Il sort.)

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