DAMÉ TA
Il m'injurie !
Déjà?
TÉLAMON Je tremble. Parle? On peut mourir d'émoi !
DAMÉTA, mystérieuse.
L'aimais-tu comme il faut que Ton aime?
TÉLAMON
Qui, moi?
DAMÉTA
Tout n'est qu'illusion, apparence et mirage, Ce qui signe le véritable amour, c'est son courage A tenir le serment d'éternité ! « Toujours » C'est par delà le but de la course des jours !..« Quoi, tu bravais l'Erèbe, et sur la seule injure De Tàge, mon héros se dérobe ? Parjure, Tu n'aimes pas Néère et jamais ne l'aimas.
TÉLAMON
Alors secoue au vent ton voile de frimas
Pour connaître comment je t'aime encore en elle :
Tu vas" voir rayonner une ardeur éternelle.
(Il va vers la source.
DAMÉTA
Prends garde, les brouillards du soir sur les étangs Ont quelquefois des jeux de forme inquiétants. Le feu de tes regards darde tous les symptômes De la fièvre qui fait miroiter les fantômes, L'ombre pour hirondelle a la chauve-souris. Si Néère a seize ans. celle à qui tu souris Atteste à la clarté du jour la cinquantaine.
TÉLAMON. Il remonte à la fontaine.
C'est cinq lustres de plus que tu me dois, fontaine !
DAMÉTA
Que vas-tu faire, ardent jeune homme au front charmant ?
TÉLAMON
Mériter ma Néère et tenir mon serment.
DAMÉTA
La chercher? Où? par quel chemin, sur quel indice ?
Par le chemin d'Orphée en quête d'Eurydice.
DAMÉTA
Veux-tu vendre aux enfers, par ta grâce vaincus, La corbeille des jours que tu n'as pas vécus Et payer ton amour du meilleur de ta vie ?
TÉLAMON
J'ai juré de la suivre et je Paurai suivie.
DAMÉTA
Des Néères, les dieux en ont peuplé THellas ! Aime-les.
TÉLAMON
Us n'ont fait qu'un Télamon, hélas!
Le tien, traîtresse.
(Archis entre et va aux lauriers.)
DAMÉTA
Eh bien ! regarde cet ancêtre.
Qui vient là?
TÉLAMON
Quel est-il ?
DAMÉTA
L'amant que tu vas être.
(Elle lui tend la coupe.)
Voici la coupe, bois sur le rite requis.
(Il prend la coupe.) Donne! Je t'aime.
DAMÉTA. Elle jette la coupe dans la vasque. Amour, il est un autre Archis !
Hercule a terrassé le lion de Némée Et Télamon le Temps ! — Voici ta bien aimée.
(Entre Néère en courant.)
TÉLAMON
Néère !
ARCHIS Daméta! (Montrant Nèère.) Celle pour qui l'on vit.
(Montrant Daméta.) Celle avec qui l'on meurt.
DAMÉTA, à Archis.
Leur trouble me ravit.
(La nuit tombe, demi-obscurité.)
NÉÈRE, s'accrochant à Télamon.
Télamon, la nuit tombe, et je crains sous les arbres La noirceur des fourrés et la blancheur des marbres. C'est l'heure où Tœgipan chèvre-pied, ma terreur, Poursuit l'hamadryade... il pourrait faire erreur.
(Elle lui prend le bras.)
TÉLAMON
Néère, tout s'éteint dans les gazes lointaines :
Les monts, les bois, les champs, les toits et les fontaines.
Au seuil de l'Arcadie, impatient d'essor,
Apollon voyageur roule son manteau d'or
Et Diane, sa sœur, lance sur les profanes
Les aboiements muets de ses chiens diaphanes.
Néère, tous les dieux rentrent, tous les héros
Sortent, et, l'arc en mains, voici venir Éros!
(Ils se groupent par couple autour de la fontaine.) (Le berger (Jupiter) paraît en dieu, nimbé par la lune»)