‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 9 sur 67 · DAM ET A · texte numérisé non relu

DAM ET A

Néère est donc le nom redoutable de celle Qui t'a pris la raison, car elle t'ensorcelle D'un mal dont l'ellébore a seule le soûlas Si tu confonds l'oiseau nocturne de Pallas Avec celui qu'attelle Aphrodite à Gythère.

TÉLAMON

On ne sait plus ce qui se passe sur la terre!... Si tu n'es pas Néère, ombre, qui donc es-tu? D'où vient que de ton corps son corps est revêtu, Comment Pomone en toi s'y mêle-t-elle à Flore? Est-il fruit qui mûrisse avant même d'éclore ? Ah! s'il en est ainsi, les mensonges sont vrais.

(Daméta passe.) Non, ne t'éloigne pas, reste... je te suivrais.

DAMÉTA

Celtes il t'a blessé d'une flèche hardie

L'Érds aux yeux bandés qui chasse en Arcadieî

Je lui voue un agneau s'il fait de ces présents

A vos mères, mon tils, de tripler leurs seize ans,

Et, quand le pampre est mort, de lui rendre des grappes.

Du voile transparent des ans dont tuladiapes. Dépouille-toi, c'est toi Néère... je la vois... Je l'entends à travers la feinte de ta voix Et ton sourire, dans les yeux où tu l'étalés, De la Heur de sa bouche effeuille les pétales.

DAMÉTA

Tu me rends des honneurs où je n'aspirais plus. Plus leur retour m'est doux plus ils sont superflus ! Néère, je le fus!.. Je l'étais tout à l'heure Dans cette vasque où tout mon passé rit et pleure.

TÉLAMON

Tu l'es donc?

DAMÉTA

Juges-en puisque tu l'aimes?

TÉLAMON

Non, Je ne crois pas aux sortilèges de Junon.

DAMÉTA

Jure qu'elle n'est pas jalouse de Néère? La source peut flétrir puisqu'elle régénère ; Tu sais par le berger qu'elle en a le crédit?...

TÉLAMON

Néère m'aime aussi, car elle me l'a dit.

Vieillir seul c'est tromper et Néère est fidèle.

Je suis moins sûr des dieux que je ne le suis d'elle !

Va, tu n'es pas Néère.

(Il s'écarte et s'assied,)

DAMÉTA, à part.

Oh! riez et chantez, Visions, souvenirs et tableaux enchantés ! J'entends mon jeune époux, dans Corinthe aux cent voiles, Défier de sa foi la marche des étoiles !... S'il est un autre Archis, j'en dois la preuve aux dieux.

TÉLAMON

Qu'ai-je donc? Vais-je en croire un mystère odieux? Se peut-il qu'à plaisir on se mue en furie ?

(Il revient à elle,) Si c'était toi pourtant, perfide ?...

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