‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 21 sur 67 · SCENE II GÉRALDINE, VALENTIN, PEPETTA · texte numérisé non relu

SCENE II GÉRALDINE, VALENTIN, PEPETTA

VALENTIN, un bouquet de violettes à la main.

Votre soubrette m'est hostile, mais elle est de bonne garde.

Le dévouement même. (APepetta.) Va, ma bonne.

(Pepetta sort.)

VALENTIN Je n'en veux pas à vos jours, (il s'avance.) Voici un petit bouquet de violettes dites : de Parme, parce qu'elles viennent de Nice. A Paris, c'est tout ce qu'on en a pour deux sous. Me permettez-vous de vous les offrir?

GÉRALDINE

Avec plaisir. J'adore le parfum de la violette.

VALENTIN

Vous le préférez à celui du cuir de Russie?

GÉRALDINE

Certainement.

VALENTIN

J'ai donc bien fait de rendre le portefeuille.

GÉRALDINE

De le rendre, à qui?

VALENTIN

A mon ad hoc. Sa tête était à peindre. Un membre du Caveau à qui on viendrait couper les rimes : Momus, Bacchus et Vénus.

GÉRALDINE

Et les vingt-cinq mille?

Ils sont dans le cuir de Russie. A quoi pouvaient-ils me servir? Ils n'ont plus d'objet. Je vous apporte mes adieux.

GÉRALDINE

A moi?

VALENTIN

Vous les respirez dans ces violettes.

GÉRALDINE

Et... où allez-vous?... Pardon!

VALENTIN

Aucune indiscrétion. La direction d'une mine de cuivre en Portugal. C'est mon négoce.

GÉRALDINE

Biles compliments. Et votre mariage?

VALENTIN

Oh! je reviendrai.

GÉRALDINE

Cela me paraît indispensable. On n'en fait pas encore par procuration.

VALENTIN, riant.

Non... puis je repartirai.

GÉRALDINE

En Portugal ?

Ou ailleurs.

GÉRALDINE

Avec votre femme?

VALENTIN

Si elle veut, mais il n'y a pas apparence.

GÉRALDINE

Quoi, vous la plaquerez... je veux dire, vous la laisserez seule, à Paris, comme ça? Pas dès le lendemain des noces, dites?

VALENTIN

Oh! madame! Pour qui me prenez-vous? Le soir même.

GÉRALDINE

Enfin, ça ne me regarde pas; mais nom d'un petit bonhomme, s'il vit encore!... C'est toujours dans six semaines... la cérémonie?

VALENTIN

Le temps ne court pas pour vous. Il y a aujourd'hui quinze jours que je vous ai rencontrée devant le clou, bureau J.

GÉRALDINE

Quelle mémoire!

Et que je vous cherche à travers trois millions d'âmes.

GÉRALDINE

S'il ne vous reste plus qu'un mois à attendre, pourquoi ne le passez-vous pas tranquillement chez vous à travailler?

VALENTIN

Je ne peux plus travailler.

GÉRALDINE

On s'amuse.

VALENTIN

Je n'ai pas appris à m'amuser.

GÉRALDINE

Que vous arrive-t-il ?

VALENTIN

Je crois que je vous aime.

GÉRALDINE, tressautant.

Moi ?... Ah ! non !... Pas ça !... A bout portant, c'est bête !

VALENTIN

Mais je n'en suis pas sûr.

GÉRALDINE

Ah ! tanl mieux'! Mais no me la poussez plus, voulez-vous? On a beau être du métier, ça prend toujours, et alors...

Alors?

GÉRALDINE

On se fait du mal.

VALENTIN

Ne craignez rien, je m'en vais en Portugal. Vous pouvez, si vous voulez, m'éviter le voyage.

En quoi faisant?

En décidant...

Quoi?

Si je vous aime ?

Une consultation ?

Scientifique.

GERALDINE VALENTIN

GÉRALDINE VALENTIN

GÉRALDINE VALENTIN

GÉRALDINE

Au moins, vous courez de suite aux spécialistes! Eh bien, voyons, asseyez-vous, (ils s'asseoient l'un auprès de l'autre.) Que ressentez-vous?

En ee moment, je suis très bien ; c'est à la porte que ça va me reprendre.

GÉRALDINE

Quoi? Définissez?

VALENTIN

Une espèce de fièvre avec bien-être...

GÉRALDINE

Dormez-vous bien ?

VALENTIN

Pas dans mon lit.

GÉRALDINE

Où, alors?

VALENTIN

Par exemple, au Hammam, après le bain turc complet, bien complet, et la piscine.

GÉRALDINE

Est-ce légèrement ou comme une masse ?

VALENTIN

Gomme une masse oppressée qui soupire.

GÉRALDINE

L'appétit?

Triplé.

GÉRALDINE

Eh bien alors! Moi, quand je l'ai, je ne mange plus, même un petit suisse.

VALENTIN

Je dis triplé par une gymnastique forcenée, je ne quitte les haltères que pour les trapèzes aériens, et puis vite à la salle d'armes! Là, je vous retrouve, campée, devant moi, sur la planche.

GÉRALDINE

C'est un cercle vicieux. Et les stupéfiants? En avez-vous essayé? Ça réussit quelquefois.

YALENTIN

Je les empile sur les stimulants!... Des cigares à anë.sthéiser des boas gros comme eux. C'est à rendre l'âmè. Vous la retenez au bout des spirales, comme un petit ballon captif.

GÉRALDINE

Il y a des symptômes... Avez-vous joué?

VALENTIN

Energiquement.

Dans les tripots?

Les plus autorisés.

Quel résultat?

YALENTIN

GÉRALDINE VALENTIN

On me prend pour un grec! J'ai des distractions... infaillibles... Vous en êtes la cause et le mobile.

GÉRALDINE

Cessez tout de suite ce remède. Reste ce que nous appelons à la Faculté l'hommage périodique à la sainte nature. Quelle hygiène, les jours dominicaux?

VALENTIN

Du soixante sur la bécane, en droite ligne.

GÉRALDINE

Allons donc, personne ne les fait!

VALENTIN Si, VOUS...

GÉRALDINE Moi?

VALENTIN

Oui, vous courez devant. En est-ce?

GÉRALDINE

On pourrait s'y tromper.

VALENTIN

Trompez-vous y. (il se lève.)

Minute. Lorsque je vous cramponne ainsi et la nuit et le jour, avez-vous une envie terrible?

VALENTIN

Oui.

GÉRALDINE

Celle de me mordre, hein?

VALENTIN

Non, au contraire.

GÉRALDINE

Alors, ça n'en est pas... On mord... Demandez à Pasteur... Vous n'avez pas « la véritable amour! »

VALENTIN

Qu'est-ce que j'ai?

GÉRALDINE

Le « d'sir », comme on dit à la Comédie-Française, et pour ça, non et non, je ne marcherai pas avec vous.

VALENTIN

Merci du privilège. Il m'honore.

GÉRALDINE

Plus que vous ne le croyez.

VALENTIN

Il faudrait être roi d'opérette?

Je vous l'ai dit, ça, c'est le négoce.

VALENTIN

Vous comptez lui rester fidèle?

GÉRALDINE

Si j'y compte. Plus que je ne l'espère.

VALENTIN

Alors, pourquoi pas moi?

GÉRALDINE

Je me le demande en ce moment.

VALENTIN

C'est donc que je vous fais horreur?

GÉRALDINE

Croyez-vous?

VALENTIN

On fait horreur ou non, c'est mathématique.

GÉRALDINE

X, Y, Z. — Ah ! qu'ils sont forts !

VALENTIN. (Il prend son chapeau.) Vous n'avez pas de commissions pour le Portugal?

Dites-lui le bonjour de ma part.

VALENTIN. (Il va à la porte.) Je n'y manquerai pas. Adieu!

GÉRALDINE

Faites un heureux voyage, monsieur Gourdan.

VALENTIN

Mais, vous êtes un peu émue, tout de même. Pour quelle raison me rejetez-vous?

GÉRALDINE

Vous tenez à le savoir?

\ VALENTIN

J'y tiens.

GÉRALDINE

Prenez garde.

VALENTIN

Dites!

GÉRALDINE

Cela peut vous mener loin.

VALENTIN

Allons-y ensemble!

GÉRALDINE

C'est vous qui l'aurez voulu.

Je le veux. Dites-le moi.

GÉRALDINE C'est parce que...

VALENTIN

Parce que?..

GÉRALDINE

Parce que vous ne savez pas friser vos moustaches.

VALENTIN, s'agenouillant.

Frisez-les moi.

(Entre Pepetta.)

GÉRALDINE

C'est vrai que tu Tas rendu, le portefeuille?

Oui.

Bêta!

C'en est alors?

Peut-être.

VALENTIN

GERALDINE

Madame!

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