SCENE PREMIERE ROCVILLE, GERMAINE, puis LAURE
GERMAINE, sur les genoux de Rocville.
Mon cher petit papa, d'abord, tu es beau, et je t'aime, mais tu as un défaut énorme.
ROCVILLE
Et lequel?
GERMAINE
Tu es trop bon !
ROCVILLE
Prouve-le. On prouve!
GERMAINE
Je viens de trouver cette bourse sur ma table de toilette. C'est toi qui l'y as mise.
ROC VILLE
Je n'ai pas bougé de mon cabinet.
GERMAINE
Ce matin, oui, mais cette nuit tu es venu chez moi, j'en suis sûre.
ROCVILLE
Comment le sais-tu? Tu dormais?
GERMAINE
Je ne dormais pas.
ROCVILLE
Pardon, tu dormais, je t'ai même embrassée sans que tu remues.
GERMAINE
Ah! tu vois bien.
ROCVILLE
Mais quel juge d'instruction!
GERMAINE
Ce n'est pas tout, tu as vendu des livres.
ROCVILLE
Moi, mes livres, les vendre! Ah! ça non, par exemple.
GERMAINE
Pour garnir cette bourse.
ROCVILLE
Une bourse ne peut pas rester vide. Ce ne serait plus une bourse, ce serait une poche, une triste poche!
GERMAINE
Comme la tienne, mon pauvre papa.
ROGVILLE
Vous nr pouvez pas, en Yoyage, el en voyage de noces encore, mendier sur les clvemins, ton créole de mari et toi, sous prétexte que vous vous épousez par amour. D'ailleurs, vous ne feriez pas un sou, dans les cours; rien de plus démodé que la guitare.
GERMAINE
Promets-moi que tu ne vendras pas au moins...
ROGVILLE
Quoi?.
GERMAINE
Ta chemise. D'ailleurs, nous allons être très à Taise; Philippe a six mille francs par an !
ROGVILLE
Vous me les prêterez... au retour, oui, pour fleurir làhaut votre appartement... Quelle heure est-il?
GERMAINE
Neuf heures déjà. Les voitures sont pour midi. Je me sauve. On a prié Philippe d'être exact. Il y a des tas de mariages aujourd'hui à la mairie, avant et après le nôtre.
ROGVILLE
Tu vois, moi, je suis sous les armes.
Tu es superbe, comme toujours. (Entre Laure.) Voici maman. (A Laure.) Qu'est-ce que tu as?
LAURE
Moi? Rien du tout. Je suis très contente.
GERMAINE
Et moi donc? Je vous adore. (Elle leur jette des baisers en sortant. Germaine sort.)