SCÈNE II ROCVILLE, LAURE
LAURE
J'ai causé avec Jacques.
ROCVILLE
Vous avez donc plus de chance que moi, chère amie. Il ne me souffle mot, nos repas sont tristes. Pauvre enfant!
LAURE
Il a couché cette nuit dans sa chambre d'enfant, là-haut.
ROCVILLE
J'ai reconnu son pas.
LAURE
Alors, droit au fait. Mon fils croit que son père a été victime...
Pardon! Est-ce du général Séguin que vous parlez?
LAURE
Sans doute.
ROCVILLE
Vous dites son père?...
LAURE
J'ui pour qu'il ne devienne fou. Il n'est plus reconnaissable.
ROCVILLE
Je lui avais prédit qu'il souffrirait. Est-ce à ce degré déjà? Mais vous l'avez raisonné, je pense, par conséquent calmé?
LAURE
Non, je ne pouvais pas.
ROCVILLE
Ah! Pourquoi ?
LAURE
Parce qu'il m'a ouvert les yeux à moi-même.
ROCVILLE
Sur quoi ?
LAURE
Sur l'objet de son tourment.
Qui est ?
LAURE
La mort de mon premier mari, qui a été en effet assassiné.
ROCVILLE
Par qui ?
LAURE Par le second.
ROCVILLE, très tranquille.
Vous en êtes sûre, chère amie?
LAURE
Oui, Robert, c'est toi.
ROCVILLE, avec joie.
Enfin!... L'idée t'en vient après vingt-cinq ans!... Je ne l'espérais plus.
LAURE
Oh ! tu l'avoues alors ?
ROCVILLE
L'avouer?... Mais je te le jure.
LAURE
M'as-tu donc aimée jusque-là ?
ROCVILLE
Ne pas aimer jusque-là, c'est ne pas aimer, Laure.
Pourquoi ne me l'as-tu jamais dit? '
ROCVILLE
Pourquoi ne me l'as-tu jamais .demandé ?
LAURE
Mais comment soupçonner cela?
ROCVILLE
Par un amour égal au mien.
LAURE
Je t'aurais aidé à porter ton secret. Tu m'as volé vingt-cinq ans de complicité.
ROCVILLE
Eh bien, regagne-les donc, je te les rends, je t'aime encore.
LAURE
E1 moi davantage. Ainsi, lu l'as tué?
ROCVILLE
Je l'ai tué.