SCÈNE PREMIÈRE HÉLÈNE, L'ABBÉ
L'abbé marche de long en large, lisant son bréviaire. Hélène est assise, le lu-as étendu sur un livre et la tète sur le bras, regardant fixement devant elle.
HÉLÈNE
C'est donc bien amusant le bréviaire, mon oncle?
L'ABBÉ Non. (Il ferme son bréviaire et va à elle.) Comme tu es triste,
ma pauvre Hélène ! c'est une compagne qui te manque. Pourquoi ne t'es-tu pas liée avec cette charmante Isole '? Tu es peut-être trop fière, aussi?
Toujours ! C'est- MUc Isole qui est trop fière, ce n'est pas moi. Mais nous rentrons demain à Paris, (ironique.) On se distrait, à Paris, on va au bois de Boulogne.
L'ABBÉ
Si Michelet t'ennuie, j'ai d'autres auteurs au presby-
tère. J'ai tout, excepté Darwin, mais je l'ai demandé à Yvetot.
HELENE, gaimcnt.
Vous annotez donc vos livres, mon oncle ?
L'ABBÉ
Moi ! pourquoi '?
HÉLÈNE
Dame! voyez!... (Elle lui montre le Michelet.)»0 Danton, moi, je te vénère! » — Il yen a comme cela à toutes les pages!
L'ABBÉ, sautant.
Sambre-et-Meuse ! et tu m'attribues de telles exclamations ! Il m'illustrait donc mes livres, ce monstre de Philippe !...
HÉLÈNE
Je vois que vous l'avez élevé assez... libéralement.
L'ABBÉ, inconsciemment.
Voulais-tu que j'en fisse une oie ?... Cependant de là à vénérer l'horrible Danton... c'est de son style, cette vénération-là.
Elles sont curieuses, ces notes. Ce devait être une âme d'enfant très ardente ! Son père a bien fait de l'envoyer en Angleterre.
L'ABBÉ
Je ne trouve pas !
HÉLÈNE
Vous l'aimiez beaucoup, votre élève?
L'ABBÉ, ému.
Ne parle pas de ça, Hélène, tu m'obligeras !
Entre un domestique.