‹ ThéâtreChapitre 14 sur 121 · SCÈNE IV CLOTILDE. MAL' VILAI · texte numérisé non relu

SCÈNE IV CLOTILDE. MAL' VILAI

CLOTILDE

Ah çà, quel conte nous faites-vous là !

MALVILAIN

Un conte? j'ai l'imagination stérile, vous me l'avez souvent reproché. Ce n'est pas un conte.

CLOTILDE

La personne qui dîne ici ce soir est un jeune homme qui aspire à la main d'Eva '.'

MAI VILAIN

Oui, il vient faire sa cour.

I'ÈRE ET MARI »l

GLOTILDE

Alors, vous allez la marier ?

M Al' VII. AIN

Si vous le voulez bien.

clotii.de Ah!

Qu'avez-vous donc '.'

CLOTILDE

Oh ! rien ! j'admire ma chance impitoyable !

MAUVILAIN

Mais elle sera très heureuse ; le parti est excellent : nom honorable, belle fortune, cœur et esprit élevés, et pas de belle-mère. Tout y est, vous jugerez.

CLOTILDE

Pas de belle-mère, oui ! une plaisanterie que Ton fait dans les études!...

MAUVILAIN

A qui en avez-vous, ma chère ?

CLOTILDE

A personne ! Vous avez seulement une façon à vous de présenter à une mère le prétendant de sa fille !... « Bonjour, vous allez bien? Je vous apporte un gendre... « pas de belle-mère !... » Cela étonne un peu au premier abord ; mais on devrait s'y faire, avec vous !... Je serai de la noce, au moins ?

MAUVILAIN

Oh ! oh! que d'amertume! Vous me surprenez beau-

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coup par cette jalousie de date nouvelle'.' Je ne suis pas accoutumé au ton dont vous revendiquez des droits qui sont d'ailleurs parfaitement intacts, puisque ce n'est là qu'une présentation. Vous êtes maîtresse de votre consentement, Clolilde, et, si vous voulez, je vais consigner ce jeune homme à la porte !...

CLOTILDE

Avouez que vous seriez bien embarrassé, si je vous laissais faire. Vous passeriez outre, hein '.'

MAUVILAIN

Je tiens beaucoup à ce mariage.

CLOTILDE

11 faut que vous ayez douté de mon consentement, pour me le demander quand je ne peux plus le refuser.

MAUVILAIN

Je regrette d'être obligé de vous répondre que je n'en ai jamais douté ! Depuis longtemps, je suis à la fois le père et la mère de notre enfant.

CLOTILDE

Je vous serai donc reconnaissante de m'indiquer quel rôle vous me réservez dans cette comédie, et à quel moment je devrai apposer ma signature.

MAUVILAIN

Ne me gâtez pas ma journée, Clotilde.

CLOTUJÛE

Allez, j'ai fini. Je n'aurais pas dû, en effet, oublier qu'Eva est plus vôtre que mienne. C'est fini, vous dis-je. J'écoute; c'est un roman, n'est-ce pas ?

MAUYll.AIN

Oui, comme dans la vie ; vous ne croyiez pas si bien dire. Le jeune homme dont il s'agit m'a été présenté sur le bateau de Gènes, pendant notre voyage avec Eva, voyage, comme vous savez, nécessité par des raisons de santé, physiques et morales.

CLOTU.bE

Morales ? Est-ce qu'elle s'ennuyait ici, par hasard?

MAUY1LAIN

Un peu ; j'étais toujours à mon étude. Tous les itinéraires d'un voyage en Italie se ressemblent, et celui de ce monsieur se trouva conforme au nôtre. Nous fimes de concert une partie de la route. Il nous servit même de cicérone dans quelques villes qu'il connaissait déjà. Nous nous séparâmes une première fois à Milan, pour nous retrouver trois semaines après à Vérone. C'est là que je me convainquis définitivement de la violence d'un sentiment que ma fille ne dissimulait qu'à peine... A cet âge il est doux d'être aimé, surtout quand on n'en a pas l'habitude, et le pauvre garçon était lui-même atteint visiblement d'une passion que sa timidité me fit trouver touchante... J'écrivis à Paris pour demander les premiers renseignements : ils étaient excellents. J'avais incontestablement affaire à un honnête et charmant jeune homme ; mon enfant avait bien placé son cœur. A notre rentrée, je reçus à mon étude une lettre que je vous ferai lire, puis une visite qui a précédé celle-ci d'un mois.

CLOTILDE

Un dernier sacrifice aux formes.

MAIViLAIX

On dernier sacrifice aux formes, vous l'avez dit.

CLOTILDE

De telle sorte que ce mariage d'inclination a toutes les allures d'un mariage de convenance. Vous avez raison, c'est un roman. Il doit y en avoir de ce style dans les pupitres de vos clercs.

MAUVÎLAIN

Voilà que vous recommencez.

clotii.de

Un dernier mot, et je me tais. Vous avez bien réfléchi, n'est-ce pas, que votre simple invitation équivaut à un complet agrément de votre part?

MAUVILAIN

Ma chère amie, je me rappelle qu'au temps où je vous faisais la cour, les retards apportés par votre famille me semblaient presque tyranniques. Je les épargne autant que je puis à ces deux enfants qui ne vivent plus. D'ailleurs, si je vous ai tenu ces négociations un peu secrètes, c'est que je voulais en faire la surprise à ma fille, et que vu la façon dont les choses se sont présentées, je ne pouvais vous mettre dans la confidence sans m'attirer des questions qui auraient éclairé Éva... Il y a eu de ma part prudence et gâterie de papa. Voilà ce que je vous aurais expliqué tout à l'heure, si vous n'aviez pas ainsi pris la mouche.

CLOTILDE

Allons, la pauvre enfant n'aura guère eu le temps de connaître la vie! Je l'en félicite. Cela vaut peut-être mieux de se marier ainsi, à dix-huit ans avec le premier homme qu'on aime !...

MAUVILAIN

Les proportions d'âge sont aussi parfaitement gardées : M. Cerny n'a que vingt-cinq ans...

Quel nom avez-vous dit?

MAUVILAIN

Il s'appelle M. Jacques Cerny.

CLOTILDE

Oh ! vrai, vous avez la main heureuse !

MAI VILAIN

Est-ce que vous le connaissez ?

CLOTILDE

Un peu, oui.

MAL VILAIN

Vous voyez donc bien ! il ne faut pas d'abord se gendarmer! Parions qu'il vous plaît?

CLOTILDE

Hein ! qu'est-ce que srous dites ?

MAUVILAIN

Je dis : il vous plaît ?

CLOTILDE

S'il n'a pas changé !

MAUVILAIN

Allons, je suis plus heureux encore que je ne pensais l'être. Mais d'où le connaissez-vous donc ?

CLOTILDE

Mon Dieu, M. Cerny est fort connu... nous avons valsé ensemble chez Mme de Salnage.

MAUV1LAIN Je ne l'y ai jamais remarqué, moi.

CLOTILDE

Oh ! vous jouiez au whist. A quelle heure l'atteridezvous ?

MAI VILAIN

11 devrait être ici.

CLOTILDE

J'ai donc à peine le temps de monter chez moi passer une robe.

MAI VILAIN

Vous êtes en mère de famille, cela est de très bon goût. Enfin, allez, ma chère, et sans rancune ?

CLOTILDE Sans rancune, oui. (Elle heurte un meuble en sortant.

MAI VILAIN

Est-ce que vous devenez aveugle, mon amie '.' Vous avez dû vous faire un mal atroce, sur ce fauteuil '.'

CLOTILDE

Je me suis heurtée ?

MAL VILAIN

La question est jolie ! j'ai entendu le coup.

CLOTILDE

Je suis dure au mal, ce ne sera rien.

(Elle *ort.)

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