SCÈNE VI
LAURENT, puis ÉVA et JACQUES LAURENT
Un mari, déjà ? De mon temps, on attendait la vingtaine !
ÉVA
Ils sont ici, venez, venez ! Eh bien, Laurent, où donc est mon père ?
LAURENT
Dans le jardin, mademoiselle, à votre rencontre.
(11 sort.) ÉVA
Nous jouons à cache-cache ! Faut-il courir '? Faut-il attendre?
JACQUES
Attendons plutôt, mademoiselle. Aussi bien ce sont là encore autant de minutes gagnées pour moi.
ÉVA
Mais on vous attend, monsieur, et nous ne pouvons pourtant pas causer seuls !...
JACQUES
Pour une première fois, mademoiselle.
ÉVA
Une première fois... à Paris î
JACQUES
Ali ! vous vous souvenez ! je ne l'osais espérer !
ÉVA
Vous me croyez donc bien légère ! Il est des heures qu'on n'oublie pas, dans la vie.
JACQUES
Vrai ? vous y avez pensé quelquefois, à cette belle soirée de Vérone ? vous avez eu foi en ma promesse ? vous m'avez cru? vous m'avez attendu '.'... Vous ne répondez pas ?
ÉVA
Il faisait doux, ce soir-là, le long du fleuve !
JACQUES
Oh ! oui, bien doux ! Vous souvenez-vous comme nous allions, légers, sous les amandiers embaumés ? vous souvenez-vous de cette pierre où nous nous assîmes, pour écouter une voix qui chantait le Miserere de Verdi ce sanglot de l'Italie agonisante ? vous souvenezvous que nous pleurâmes, et que je vous dis alors que je vous aimais'? Et que nos mains s'unirent comme maintenant dans une étreinte silencieuse; — vous souvenez-vous ?
Il faisait doux, le long du fleuve î
JACQUES
Ah ! Éva ! chère et naïve créature, je vous aime et je vous bénis, car vous êtes ma force et ma joie! Avec vous commence ma vie, et recommence ma jeunesse. Je n'aimais pas, je n'ai jamais aimé, c'est de vous seule que j'en tiens le secret délicieux. Tel que