‹ ThéâtreChapitre 33 sur 121 · SCENE II MAUVILAIN. puis CLOTILDE et ÉVA · texte numérisé non relu

SCENE II MAUVILAIN. puis CLOTILDE et ÉVA

MAUVILAIN

Il sera ici dans deux heures !

ÉVA

Pauvre maman ! que de mal je te donne ! Bonjour, petit père. Me voilà debout, comme une grande fille ! Eh bien, tu ne m'embrasses pas pour ma récompense ?

MAUVILAIN

Chère martyre ! Mais c'est assez marcher, mon ange. Assieds-toi sur ce canapé, et surtout sois sage. A la moindre imprudence, je t'emporte dans ton lit, tu sais ?

ÉVA

Oh ! non, je l'en prie, petit père, j'en suis si lasse ! Il fait bon ici, on respire ! Tu ne veux pas me faire un plaisir : ouvre un peu, dis ! il fait un si beau soleil, mes fleurs doivent embaumer.

CLOTTLDE

Il n'y a pas d'inconvénient, Henri, vous pouvez nous le permettre.

MAUVILAIN Soit! |U revient s'agenouiller devant Éva.) Comment te Sens-

tu :'

ÉVA

Bien.

MAUVILAIN

Tu n'as plus de fièvre '?

ÉVA

Non.

MAUVILAIN

M'aimes-tu ?

ÉVA

Non.

MAUVILAIN

Ah ! ris encore ! 11 y a si longtemps, mon Dieu. Veuxtu que je te fasse une lecture pour te distraire ?

ÉVA

A quoi bon ? N'êtes- vous pas là tous les deux ? Mais toi aussi, maman, qui ne dis rien là-bas ! viens donc que je t'aime ! Oh ! que je suis bien ainsi, mes chers' parents ! Dis donc, père, te souviens-tu qu'un soir à Gênes, nous avions ouvert ainsi la fenêtre pour respirer l'air de la mer?

M Al' VILAIN

A Gênes, non !

ÉVA

Mais si, tu sais bien, je chantais : « Vaga Luna », de Bellini, qu'on venait de m'apprendre ; vous fumiez... tu fumais ton cigare, en causant sur la terrasse... Que je suis sotte ! non, ce n'est pas cela. Je ne me souviens pas, petit père ! J'ai peut-être aussi perdu la mémoire.

CLOT1LDE

Ma chère Éva, ne parlez plus, vous allez vous fatiguer.

ÉVA

Tu me dis « vous » comme autrefois, quand je te fâchais toujours.

MAUVILAJN, bas à Glotilde.

Tutoyez-la, vous êtes encore sa mère. (Clotilde embrasse

Éra.)

ÉVA

Allons, je vais marcher un peu . pour essayer mes forces... Non ! toute seule, petit père, jusqu'au piano, tiens ! (Elle s'assied au piano.) Tu vois, je suis forte ! et maintenant, puisqu'on m'ôte la parole, je vais faire de la musique.

MAUVILAIN

G était une ruse, méchante !

\jiiivaroitas

/ BIBLIOTHtCA

Cttaviens'ts

ÉVA

Oui, bon père ! Asseyez-vous tous les deux, et restons

tous comme au bon temps les uns près des autres, vous

causant, et moi... (Elle plaque un accord.) Ob ! qu'il est faux !

Bah ! tant pis, il y a si longtemps, lui aussi a perdu

l'habitude de parler. (Elle prélude au •• Vaga Lima ». — Mauvilain s'assied à droite et prend un journal sur le piano. — (llolilde à gauche ; elle prend une tapisserie sur le guéridon.)

EVA, s'arrètant.

Eh bien ! causez donc.

CLOTILDE Nous préférons t'écouter ma chérie ! [Éva chante le ;« Vaga

Lima », et, à la fin du morceau, elle tond en larmes. MAUVILAIN, qui la suit de l'œil.

Non, ne pleure pas, Éva, mon cher amour. Moi aussi je t'aime. Ne pleure pas, je t'en conjure.

ÉVA

Je ne peux pas, petit père, je souffre.

MAUVILAIN

Ah ! c'est ma faute ! je suis stupide aussi, de te laisser chanter... Ecoute, veux-tu me rendre bien heureux : je vais appeler la femme de chambre, et tu iras te reposer jusqu'au. dîner, veux-tu '!

Oui, père !

M Al 'VILAIN

Tu dormiras un peu, tu me le promets ?

Eva Je te promets. Tiens, c'est fini, tu vois. (Elle sort.)

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