‹ ThéâtreChapitre 38 sur 121 · SCENE VII Les Mêmes, Éva · texte numérisé non relu

SCENE VII Les Mêmes, Éva

EVA, à la vue de Jacques.

Monsieur Jacques ! Ah ! petit père ! Eh bien, vous ne me demandez même pas de mes nouvelles ?

JACQUES

Ah ! elle, au moins, ne sait rien !

ÉVA

Qu'est-ce Kjue vous avez donc? vous êtes pâle comme la mort. Est-ce que vous souffrez ?

JACQUES

Un peu... oui... l'émotion... votre présence... votre voix, mademoiselle.

ÉVA

Mademoiselle? Allons, monsieur, venez ici que je vous gronde.

MAUVILAIN, à Clotilde.

Maintenant, si vous êtes forte, montrez-le. Vous voyez, moi je souris.

Pourquoi nous avez-vous quittés aussi brusquement l'autre fois? C'est mal, Jacques, j'ai cru que vous ne m'aimiez plus. C'est là ce qui m'a rendue malade. Je puis bien te le dire maintenant, père, tu ne t'en doutais pas.

MAUVILAIN

Non, je ne m'en doutais pas.

ÉVA

Il ne faudrait pas recommencer, savez-vous. Je ne veux pas mourir. Enfin, je vous pardonne, puisque vous voilà ! Je suis si heureuse. Le pauvre docteur, s'il me voyait ! Il en laisserait tomber ses lunettes. Il m'avait condamnée. Mais dites-moi donc quelque chose?

JACQUES Éva !

ÉVA

Enfin, c'est un mot. Mais qu'est-ce que je pourrais donc vous donner-, mon ami '? Ah ! cette bague ! vous la regardez, elle vous plaît... Allons, donnez-moi votre main, ôtez donc vos gants, et puis ne tremblez pas si fort. Je ne pourrais jamais vous la passer. Là ! — Elle me vient de ma maman, mais en vous la donnant je la garde. Vous tremblez encore davantage.

JACQUES

C'est vous qui tremblez, Éva.

ÉVA

C'est vrai, mon ami. M'aimez-vous toujours, Jacques?

(Clotikle se lève.) MAl'YILAIX

Restez, tout n'est pas fini. Mon enfant, comme tu es encore souffrante, je ne veux pas que ton mariage entraine la moindre cérémonie. Je n'ai pas arrêté la publication des bans; donc, vous vous marierez demain matin, à une chapelle, devant les témoins de M. Cerny et les tiens.

ÉVA

Eh bien, et toi ?

MAIY1I..UN

J'y serai aussi, ma chérie.

ÉVA

Et toi, mère ?

MAI" VILAIN

Mon enfant, c'est une chose douloureuse pour les parents, que ces sortes de fêtes. Les pères en souffrent quelquefois, les mères toujours.

ÉVA

Oh ! bien, tu as raison, il vaut mieux nous marier tristement alors.

MALY1LALN

Ce n'est pas tout : ton mari t'emmènera le jour même...

Où donc ?

En Italie.

MAUVILAI1S

ÉVA

Oh ! quel bonheur !

M Al VILAIN

Oui, quel bonheur ! Je t'ai acheté une maison à

Vérone ! Tu y resteras quelque temps pour consolider

ta santé. Et maintenant, tu peux sortir avec Ion fiancé.

. (Éva lui saute au cou.) Non, ne m'embrasse plus, je t'en

conjure, ne m'embrasse plus !

■ ÉVA, l'étouffant île baisers.

Oh ! par exemple !

CLOTILDE Et moi? moi ? (Éva lui saute au .ou.) Ah ! elle m'aime aussi.

MAI VILAIN. Las à Jacques.

Un dernier mot, monsieur. Si elle n'est pas heureuse, vous serez un lâche, car elle n'a plus que vous au inonde.

JACQUES, s'inclimuii, à voix basse.

Pardon, monsieur.'

M AL VILAIN

Prenez-la vite, si vous m'en croyez ; oh! hâtez- vous!

ÉVA

Venez, venez, (ils sortent.)

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