SCÈNE V MARIA, BOSANI, survenant. Il sort du Casino
BOSANI
Que regardez-vous donc avec une si grande émotion au fond de ce gouffre ?
MARIA, reprenant son sang-froid.
Au fond de ce gouffre ? Mais ce pêcheur, apparemment.
Ce pêcheur vous intéresse ?
MARIA
Aucunement. Je me demandais seulement comment il avait pu descendre.
BOSANI
Vous ne vous imaginez pas, je pense, que ce soit par cet escarpement de rochers ; il se serait tué vingt fois. Quelque barque l'a amené par la mer. Et maintenant que voire curiosité est satisfaite, prenez mon bras et rentrons.
MARIA
La nuit est si belle ; une telle fraîcheur monte de la mer que, si vous le voulez bien, je resterai.
BOSANI
Volontiers. La soirée est sn effet magnifique. Je vais m'asseoir auprès de vous.
128 THEATRE D'EMILE BERGEIIAT
MARIA, vivement.
Rentrons !
BOSANI
Parlons franc, Maria, vous vouliez être seule'?
MARIA
Le Casino m'ennuie, et je ne voulais pas vous priver d'y retourner.
J'y tiens si peu que nous quitterons Monaco demain. Il serait bon cependant que vous fissiez encore un tour, mais à mon bras.
MARIA
De quel ton vous me dites cela !... Vous êtes solennel, ce soir, mon ami.
BOSANI
Non, mais je suis las des méchantes remarques qui ne se taisent même plus devant moi.
MARIA
J'avais toujours cru que vous faisiez meilleur marché des sots propos.
BOSANI
J'avais tort. Vous savez que tout le monde s'est aperçu des assiduités de ce jeune homme qui nous suit depuis deux mois comme notre ombre ; j'ai entendu dire tout à l'heure qu'il était ici près de vous.
MARIA
Et c'est pour cela que vous êtes venu '?
BOSANI
Certainement.
ANGE BOSANI 129
MARIA
Vous prenez bien du soin pour les autres.
BOSANI
Ce n'est pas pour les autres, mais pour moi.
Pour vous?... Mon Dieu, mon cher, seriez-vous jaloux ?
BOSANI
Eh bien ?
MARIA
C'est que je trouve cela...
BOSANI
Dites...
MARIA
Un peu... comment vous dire?... ridicule.
BOSANI
Vous changerez peut-être d'avis, (il l'emmène.)