ASTON
Vous ne dépasserez pas ce paradoxe-là, il est abrutissant.
J.ULE3
Moi, je le trouve amer ! O Scipion, nous sommes des
nababs. (Il vide ses poches.)
BANDRILLE
Mais je vous le prouverai, mes enfants !
Si.II'lnN
Ne faites pas cela, mon ami. Elles vous écoutent.
l;ANI)Kll.].K
Je prétends que vous passez votre vie à rêver d'être des nababs et de former des Bosani... Ah !
Tors
Ah ! par exemple!
ANGE BOSANI 137
BANDRILEE
Tenez, il y a ici deux établissements où le café est excellent, et une petite taverne où il est fait avec du jus de bâtons de chaises. Elle est horrible, cette taverne ! triste, enfumée, mal située, une étable ! Les deux autres ont vue sur la mer, ils sont étincelants de glaces de marbres et de dorures. Les consommations y sont exquises, servies dans la porcelaine fine, et elles ne coûtent pas un centime de plus qu'à la petite étable? Vous allez tous à l'étable cependant ! Pourquoi, jeunes élèves ? Parce que la dame de comptoir est jolie.
OLIVIER
Allons donc, c'est un ménage exemplaire ! BANDRILLE
Le cafetier adore la cafetière et la cafetière raffole du cafetier. Mais elle est au comptoir ! Elfle fait même toilette pour y venir, la tourterelle ! Elle lisse ses plumes. Elle sourit aux consommateurs et roucoule aux habitués. Qui dira ce que le roucoulement d'une jolie dame de comptoir fait renouveler de consommations. Vous renouvelez, misérables ! Pourquoi !
IULES
C'est une bastille de vertu.
BANDRILLE
Soit, mais enfin, vous renouvelez, vous renouvelez toujours; vous vous dites au fond de l'âme que toutes les bastilles se prennent en ce monde et vous buvez des tas de demi-tasses. Je vous le dis en vérité, vous êtes des nababs; c'est vous qui créez les Bosani, et quand vous les avez faits, vous les tombez, lâcheurs !