‹ ThéâtreChapitre 54 sur 121 · SCENE X FRÉDÉRIC, MARIA · texte numérisé non relu

SCENE X FRÉDÉRIC, MARIA

FRÉDÉRIC, s'élançant vers clic et lui tendant l'éventail.

Madame !... voici votre éventail !

MARIA

Ah ! imprudent que vous êtes !

ANGE BOSANI 143

FRÉDÉRIC

J'ai cru que je mourrais en ne vous retrouvant plus tout à l'heure. Que c'est cruel à vous de ne pas m'avoir attendu ! Je ne vous aurais demandé que de me sourire. Vous l'aviez bien fait déjà an instant avant. Oui, j'ai cru que je mourrais et je ne savais même pas votre nom pour vous appeler.

MARIA

Mais dans ces rochers, vous pouviez vous tuer !

FRÉDÉRIC

Comme vous dites cela !... Est-ce que ma mort vous eût fait quelque chose ?

MARIA

Tenez, il vaut mieux que nous quittions ce sujet... Il est fort bon que je vous aie revu pour vous dire, pour vous ordonner de m'oublier.

FRÉDÉRIC

Vous ai-je donc poursuivie de ma douleur et tourmentée de mes plaintes ? De quel droit me défendezvous une souffrance dont je ne vous imposais pas la vue'? Mon Dieu! je sais bien que les femmes croient ne nous rien devoir en échange du mal qu'elles nous font ; mais je ne vous croyais pas pareille aux autres femmes.

MARIA

Frédéric !...

FRÉDÉRIC

11 me semble que c'est vous qui m'avez appris mon

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nom en le prononçant pour la première fois, comme votre sourire m'a appris l'amour, comme vos yeux m'ont appris la lumière ! Tout me vient de vous, et je n'ai vécu que de votre souvenir. Vous ne m'en voulez pas de vous dire cela '.'

MARIA

Non, hélas !

FRÉDÉRIC

Mon être s'était perdu dans le vôtre, et votre départ m'avait déchiré ; j'étais comme exilé de moi-même. Je sentais mon âme lointaine et flottante autour de vous. C'est elle qui vous ramène, n'est-ce pas, et vous ne briserez plus la chaîne sacrée qui m'attache '!

MARIA

Ouel rêve !... Taisez-vous ! Taisez-vous ! Cela est impossible, vous ne savez pas qui je suis.

FRÉDÉRIC

Vous êtes tout ce qui pénètre et fait vibrer, tout ce qui charme et permet de vivre : tout ce qu'avait pressenti ma foi d'adolescent et deviné mon rêve d'artiste. C'est vous qui mesurez la joie à mon âme et le souffle à ma poitrine. Vous êtes la beauté, vous êtes la vie et rien né m'importe plus... que vous !

MARIA

Adieu, Frédéric, adieu.

FRÉDÉRIC

Non pas, non plus à présent ! non plus jamais ! car vous m'avez écouté ; car vous savez maintenant quel est mon amour, et je n'aurais plus le courage de vous cacher mon désespoir.

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