‹ ThéâtreChapitre 60 sur 121 · SCENE III MARIA, FRÉDÉRIC · texte numérisé non relu

SCENE III MARIA, FRÉDÉRIC

KRÉIlKRIi:

Toi aujourd'hui? Mais tu ne devais pas venir.

MARIA

J'avais deux heures... Ai-je mal fait? Et puis il m'a pris un irrésistible besoin de te voir... de respirer l'air de cet atelier où nous sommes si heureux depuis un mois. Je ne vis plus qu'ici, sais-tu? Je suis venue vivre.

FRÉDÉRIC

Vivons, ma chérie ; et pour commencer, donne-moi tes mains que je les baise. M'aimes-tu ?

Trop, peut-être ! Et toi ?

FRÉDÉRIC Moi, pas assez encore.

MARIA

Ah ! si nous commençons ainsi ! — As-tu travaillé ? Où en est le portrait ?

FRÉDÉRIC

Il en est à hier ; tu vois qu'il retarde.

MARIA, devant le portrait.

Est-ce que vraiment je suis aussi belle que cela ?

FRÉDÉRIC

Dame ! Est-il ressemblant? Décide.

MARIA

Oh ! le traître, qui me tend des pièges !

FRÉDÉRIC

Tu me le donnes ?

MARIA

N'as-tu pas plus que lui? — Oh ! mais je n'avais pas vu cela." Quelle est cette petite branche flétrie qui pend à ton chevalet ?

FRÉDÉRIC

Cela vient de Monaco, madame ; c'est du romarin. Elle s'était accrochée à mon vêtement quand je descendis, là-bas, tu sais, pour l'éventail ! Le soir, je l'y retrouvai. Les fleurs mignonnes s'ouvrirent pendant la

nuit sur ma poitrine Je croyais qu'elles dureraient

toujours. Le lendemain elles sont tombées, et le feuillage a séché ! Pourquoi n'y a-t-il pas des fleurs éternelles ?

MARIA

Parce qu'il n'y a peut-être pas d'éternelles amours ! Je te la vole !

FRÉDÉRIC Ma chère âme !

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MARIA

Ah ! ça, dis-moi, mon Frédéric, pourquoi m'aimes-tu?

FRÉDÉRIC

Parce que je t'ai vue. Nous autres, vois-tu, quand le beau nous prend, c'est pour la vie. Je ne l'avais encore rencontré que dans les choses inanimées... Mais toi! toi, tu étais le beau vivant, le beau animé, qui respire et qui aime, celui que la mort seule peut vaincre et nous arracher. Est-ce qu'on sait d'ailleurs pourquoi on aime? Tu es apparue, et je n'étais plus à moi; tu es venue, je me suis agenouillé. A ton premier regard, tout était consommé ! 0 être délicieux et divin ! C'est à moi de te dire : pourquoi m'aimes-tu ? Comment peuxtu aimer quelqu'un qui ne soit pas toi-même?

MARIA

Ah ! ne parle plus... tu m'épouvantes ! Mon Frédéric bien-aimé ! Avoir si longtemps ignoré cette ivresse sublime de la vie ! Avoir si longtemps fui le réveil sacré de l'être ! Avoir perdu tant de jours à s'y dérober. Quel remords ! Mais la femme qui résiste à cela est maudite et bien maudite, car c'est la seule joie de ce monde !... Mais laisse-moi. . . Je deviens folle, ici. . . laisse-moi partir !

FRÉDÉRIC

Partir ! mais il n'y a pas une heure ! . . .

MARIA

Certains jours tiennent dans une heure, mon ami, et puis, c'est la fête de ta sœur, tu sais. Il faut y aller. Je serais au désespoir que l'on pût m'accuser de te détourner des tiens.

FRÉDÉRIC

Est-ce que Valentine te Ta reproché ?

MARIA

Non. A demain, mon ami. Mais ne m'embrasse pas... Je n'aurais pas la force de m'en aller... et il le faut ! Il

le faut ! a demain. (Elle sort eu lui envoyant îles baisers, puis reparait avec uu cri terrible.) Ah ! . . .

FRÉDÉRIC

Qu'as-tu donc ?

MARIA

Lui... lui... mon mari !

I RÉDÉRIC, fermant la porte.

Ne crains rien, je n'ouvrirai pas.

MARIA

Il forcera la porte... je le connais !

Je te défendrai.

MARIA

Oh ! c'est cela qu'il ne faut pas.

FRÉDÉRIC

Quoi alors ?

MARIA, après réllexion.

Eh bien, ouvre.

FRÉDFR1C, désignant sa chambre.

Soit, mais va-t'en ! Ma chambre... et ne sors pas!

MARIA C est Cela. (Frédéric tire la tapisserie sur la porte. Maria s arrête.)

Non, je reste, il le tuerait.

(Frédéric jolie un coup d'oeil sur l'atelier, aperçoit le châle de Mana. le radie, et va ouvrir.)

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