‹ ThéâtreChapitre 70 sur 121 · BUS AN · texte numérisé non relu

BUS AN

Les tiennes.

MARIA

11 ne savait pas qui j'étais, soit, mais il l'a su depuis, et tu as vu comme il m'aime.

BOSANI J'ai vu qu'il a agi en honnêle homme.

MARIA

Dis toute ta pensée, va : et qu'il me garde parce que c'est son devoir à présent, mais comme une charge qu'on accepte ?

BOSANI

Prends garde à ta conscience, elle te trahit.

MARIA

Comment sais-tu tout cela, misérable ? Qui t'a fait ainsi deviner mes angoisses et dépister mes tortures, toi qui n'as jamais aimé ?

BOSANI Qu'en sais-tu ?

MARIA

Ce serait le châtiment, par exemple.

BOSANI

N'est-ce pas ?

MARIA

Mais je n'ai pas dit que je me plaignais.

BOSANI

On ne se plaint pas, Maria, mais on souffre. Rien ne se perd dans ce monde et rien ne s'oublie. Les gens vertueux n'ont fait qu'accaparer le droit d'aimer, mais l'amour n'épargne personne.

Que se passe- t-il dans cet être ?

ANGE BOSANI 181

BOSAN'I '

• Ton rêve, à toi, semble plus beau, tu tentes de monter, tu n'as à craindre que la chute ; mais moi!... La nature a de terribles vengeances, Maria, et ma souffrance t'arracherait des larmes à toi-même, à toi : fille impitoyable, ma complice !

MARIA

Monsieur !

BOSANI

Oh ! ne crains rien, je suis dompté. Adieu, je t'attendrai, car tu me reviendras.

MARIA

Jamais.

BOSANI

Si, tu me reviendras ; et peut-être même regretterastu de ne pas m'avoir suivi ce soir. Il aurait eu du talent, ce jeune homme !...

MARIA, se redressant.

Mais tu sais donc toutes les places où je suis blessée. Eh bien, oui ! Je sais qu'il ne m'aimera plus demain, qu'il me méprisera et que le passé s'interpose entre ses lèvres et les miennes ; je sens que je suis le malheur de sa vie, et j'ai surpris ses rêves aux portes de son âme. Je sens que, pour lui, artiste pauvre et obscur encore, le fardeau "est trop lourd et qu'il y laissera son talent, mais je sens que je l'aime aussi et que je voudrais être pure enfin et mériter l'amour de cet enfant... Ah! monstre, c'est toi qui m'as pris tout cela.

Va, je comprends ce qu'on souffre.

MARIA

Tu m'as demandé tout à l'heure ce que je deviendrai quand ce sera fini... et je t'ai répondu que je me tuerai. C'est vrai, vois-tu, et il faut me croire. Je ne dis pas de banalités, moi. Tu peux compter que tu me vois pour la dernière fois.

BOSANI

Si je le croyais...

MARIA

Sais-tu lire dans les yeux? Tu n'as qu'à me regai> der... Vivre avec lui, ou mourir. Tu ne t'imagines pas, j'espère, que l'on peut recommencer à vivre comme par le passé? Tu aurais beau le vouloir et mon désespoir même me pousserait à m'y résoudre, que ce serait impossible !

BOSANI

Oh ! oui, impossible.

MARIA

L'auréole de la honte se porte comme les autres, crânement, ou non !

BOSANI

La terre est grande, Maria.

Vivre avec toi dans une solitude? Notre mépris mutuel la peuplerait de fantômes... Je préfère le tombeau sans rêves.

BOSANI

Tu fuis bien avec lui !

MARIA

Ah ! mais lui, je l'aime.

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