‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 118 sur 170 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

Les Mêmes, MADAME ROGER, MARIE, REi\É, LA PETITE JEANNE, puis JULIE.

Madame Roger. — Denis... Denis, que fais-tu? René. — Que se passe-t-il !

La petite Jeais'ne, courant vers sa mère. — Ah! maman., maman, tu pleures.

Alphonslne, montrant Jeanne à Roger. — Alors, tU veUX

qu'on nous l'enlève, n'est-ce pas, cette enfant? Tu veux que nous ne la revoyions jamais?

La petite Jeamse, se serrant contre sa mère. — Maman...

je veux rester avec toi.

Madame Roger. — Nous enlever Jeanne !

Alphonslne, à Marie. — C'est comme ton mariage, il est rompu....

Marie, avec un cri. — Ah! André?

Alpho.nsine. — Parti.

Marie, qui sanglote. — Oh! papa... papa.....

Madame Roger, à Roger. — Tiens! Tu fais notre malheur à tous !

Devant la désolation de sa femme, de ses filles, de Jeanne, Roger reste un moment indécis, en balance. — Il s'assied, ôte son pardessus. — Tous les personnages voient son liéûtation. On l'entoure.

Madame Roger. — Denis!

Marie. — Papal

René, près de lui. — Père, écoute-moi, j'ai hesoin d'argent.... Je croyais en trouver chez des amis — J'ai joué hier au soir, et perdu... quinze cents francs.... Je ne jouerai plus!... Je te le jure.... Mais il faut payer ce que je

dois.... Roger se lève et considère tour à tojr Alpbonsinc et René.

Julie, entrant. — Monsieur.... Une dépêche....

Roger, la prenant. — Une dépêche? La bonne sort.

Madame Roger, embarrassée. — Ahi... oui... c'est la dépêche que...

Re>é. — Que... nous avions faite... pourt'éloigner....

Roger ia lit. — Un long silence.

Roger, les regardant les uns après les autres. — Qui de VOUS

a eu ridée de télégraphier? Qui? (Silence. — Avec autorité ) Répondez-moi. (Silence général.) Ahî Vous étiez tous d'accord! (Avec douleur.) Et voilà ce qu'est devenue ma famille! Nous étions fiers de notre honnêteté, de notre confiance réciproque, de notre mutuelle tendresse. Aujourd'hui, nous en sommes à nous mentir, à nous tromper, à nous trahir I Et demain ! Quand je pense que tout à Iheure, nous nous réjouissions de la mort de cette fille, comme des sauvages, et que moi, moi, Roger, après cinquante ans de probité, j'ai hésité à accomphr mon devoir, et cherché les moyens de m'approprier ce qui ne m'appartient pas! Ah! cette fortune, qui ferait de moi un voleur, (A René.) de toi un oisif dangereux, (A Alphonsine.) qui te servirait à payer les complaisances d'un mari méprisable et qui te mépriserait, cette fortune, je ne la garderai pas un jour de plus.

Il remonte. — Madame Roger, assise à droite, pleure, — la petite Jeanne est près d'elle.

René. • — Le tribunal est fermé à cette heure. Où vas-tu ? Roger. — Chez le notaire du cousin.

Aphonsinr. — Père, ne sors pas.

René. — Ne sors pas. Attends jusque demain matin. Marif. — Jusqu'à demain seulement.

Alphonsinb. — Père, je t'en supplie!

Roger, qui les ('carte. — • Cet argent, qui nous a tous avilis, je n'en veux pi s.... Je vais le rendre, il sort.

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