ACTE TROISIEME
mari me négligeait... me laissait seule.... Je m'ennuyais.... Ce monsieur me voyait chaque jour... j'ai... accepté... quelquefois....
Roger. — Tu sortais avec lui, à son bras... on vous a vus ensemble... oui... cela ne prouve rien contre toi.
Alphonsine. — Mais... je....
Roger, violemment. — Eh bien, quoi encore? Que m'as-tu caché?
Alpho.xslne, iDalbuiiant. — Père... on sait... on m'a vue.... J'ai accepté de lui des... entrevues... des rendez-vous....
Roger. — Toi....
Alphonsine. — Dans un... dans un hôtel... près de Paris.
Roger. — Tu es allée à ces rendez-vous?... Ah! malheureuse enfant!... Et si MuUer le sait.^... Si des témoins... (IVappé d'une idée subite.) Mais ces entrcvues?... Est-ce que...? Cet homme était un ami?... Il n'y avait pas.... il ne pouvait pas y avoir autre chose que de l'amitié entre vous deux?
ArpiioKsiNE. — Ah! ne m'interroge plus, père, je t'en supplie.... Laisse-moi.... Ne me force pas à parler... je ne puis pas... je ne puis pas te dire....
Roger. — Ces paroles... Alphonsine.... Prends garde.... Tu me laisserais croire.... (Pause.) Tu le tais, maintenant?... Parle donc, voyons.... La vérité, je veux
savoir la vérité. (H lui a pris lo< mains, — et la regarde ilans les
yeux.) Hein? Tu pleures?... Je t'ai fait mal?... Mais ne pleure pas.... Ces larmes seraient... (Plus bas.) un aveu.
Eh bien? (Elle s'assied et se cache ic visage dans les mains.) Oh! c'est donc vrai.... Toi?... C'est vrai?... Réponds donc, malhcurciuse, réponds.... Tu mens, n'est-ce pas, tu mens? C'est une dernière tentative qu'ils te font faire auprès de moi?... Ils pensent que j'hésiterai à laisser proclamer ton déshonneur cl que je garderai... hein?
Alpho.>jsl>e. — Aon... non.... Ils ne m'ont rien dit.
Roger. — Ah !... (Ilmarche vers elle, les poings levés. — Alphonsine courbe la tète, il recule en poussant unefémisscment.jOll ! (Pause).
Alpho-nslne. — Oui. . . . J'ai été coupable. ... Je le sais. . . . Je m'en repens.... Mais si ma faute devait être rendue publique, j'en mourrais de honte.
Roger. — Et tu me proposes de garder mon argent, pour la payer, cette faute, pour la laver aux yeux de ton mari?.. . Et lui, il accepterait ce marché!
Alphonslne. — Veux-tu qu'on me condamne et qu'on m'enlève mon enfant?
Roger. — Il fallait rester digne de l'élever.
Alpho>si>e. — Toi qui l'aimes, tu accepterais qu'on donnât Jeanne à MuUer, qu'on nous séparât d'elle pour toujom^s?
Roger. — Je subirai la peine de ta faute! Alpho>SI>"E, debout, avec véhémence. — Et moi, je ne
veux pas la subir! >'on, non, je ne veux pas être déshonorée, chassée par mon mari, rejetée par le monde, raillée par mes amies. Je ne veux pas traîner une existence misérable, quand je peux vivre heureuse. Ah I tu parles de ton devoir. Mais sauve donc la fille avant tout, et sauve mon enfant. Garde cette fortune, sinon pour moi, du moins pour Jeanne. Elle la préservera des péj'ils que je n'ai pu éviter. Ahl si j'avais été riche, je n'aurais pas été coupable. . . . Mais la nécessité, le besoin.. . .
Roger. — De l'argent! Tu t"es donnée pour de l'argent, toi?
Alphoxslne. — Ah! tu ne sais pas... tu ne peux pas savoir.... Il y a des situations terribles... où l'on succombe fatalement!
Roger. — Oui, quand on a l'âme d'une gueuse! C'est pour avoir des robes et des bijoux que tu l'es vendue,