‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 13 sur 170 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Bref, j'ai de gros ennuis. Et c'est le moment que vous choisissez poiu' me tenir éloigné de toutes vos entreprises !

Le BAROiv. — Comment! Nous sommes ensemble dans les mines des Carpathes, les aciéries de la Moselle, les fournitures de l'armée albanaise.

D'Urth. — Même vous me devez un million sur cette affaire.

Le Baron. — Pardon! Je vous devrai un million, si tel événement... que vous savez se réalise. Il ne s'est pas réalisé encore. Je ne dois rien.

D'Urth. — Ce million, j'en ai besoin. Avancez-le moi. Vous avez des garanties.

Le Baro.n. — Pour éviter les discussions entre nous et l'enchevêtrement des comptes, nous avons convenu que nous ne nous ferions pas d'avances réciproques. Je me liens à notre contrat. N'insistez pas.

D'L'RTH. — Alors, aidez-moi par quelque moyen à sortir de la position difllcile oii je me trouve. Pourquoi m'éloignez-vous de la Nouvelle-Afrique? Je n'ai fait partie d'aucun syndicat.

Le Baro.n. — Cher ami, sovez donc raisonnable. II v a trois ans, quand j'ai obtenu le firman impérial pour l'exploitation des chemins de fer en Mauritanie, je n'ai pas eu de concurrent plus redoutable, plus acharné que vous — qui éliez à la tête d'un groupe allemand.

D'Urth. — Les aflaires n'ont pas de patrie. Notre maître à tous l'a dit : « Il n'y a qu'un or. » D'ailleurs, la Banque Anglo-Belge fut aussi votre concurrente. N'est-elle pas dans vos syndicats?

Le Baro>-. — Duyssens a eu l'esprit de se faire notre allié. C'est lui, vous ne l'ignorez pas, qui nous a intelligemment soutenus, quand, sur de fausses nouvelles,

le cours de nos actions et de nos obligations fléchissait. Qui jetait ces nouvelles alarmantes dans le public, par l'intermédiaire de journaux étrangers? C'est vous! Si. Si. iS'e faites pas le modeste. Moi, cela ne m'a ni indigné ni surpris. Par malheur mes collègues sont moins pliilosophes. Ce n'est donc pas merveille s'ils refusent, à chaque émission, de vous laisser empocher, sans risque pour vous, avouons-le, des primes souvent appréciables.

D'L'RTH. — Bref, vous me gardez rancune de mon attitude, lors de...?

Le Baro-n. — La rancune est un sentiment de luxe qui occupe les gens inoccupés. Je ne vous promets pas mon appui, parce qu'il ne saurait être efficace en ce moment. Et puis, vous vous tirerez d'affaires sans mon secours, vous pouvez... voler de vos propres ailes.

D'Urth, devenant menaçant. — Henry, j'ai encore des amis en Mauritanie.

Le Baron. — Et même un représentant officieux auprès du sultan. Je le sais.

D'I'arn. — Enfin, je n'ai rien perdu de mon crédit ni de mon influence à l'étranger. Il est en mon pouvoir de rendre des services, d'aplanir pour une affaire certaines difficultés, ou de ne pas les aplanir. Il serait imprudent de se brouiller avec le baron d'Urth.

Le BÀRo^. — Je n'ai pas l'intention dp me brouiller avec vous.

D'Urth. — Mais vous ne voulez rien faire pour moi?

Le Baron. — Je ne puis rien.

D Urth, il se lève et s'apprête à se retirer. Après une pause. —

A propos, mon cher, vous ai-je dit que j'allais avoir un journal?

Le Bvro.n. — Parbleu! Je savais bien que vous retomberiez sur vos pieds. Un journal? Instrument admirable

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